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Fin du nucléaire |
Lettre aux membres de Fin du nucléaire (FDN)
Lettre n° 26
Le 17 avril 2019
Ce mois-ci, l’essentiel de notre énergie est consacré à l’organisation de la manifestation du vendredi 26 avril à Bruxelles, sans oublier toutefois le traitement en cours des réponses aux questions envoyées aux partis politiques (9 partis nous ont répondu) et notre présence aux Journées Imagine à Liège avec un stand et une conférence-débat.
Sommaire
– Réunions du CC (comité de coordination)
– Manifestation antinucléaire du 26 avril
– Agenda
– L'Écho des atomes
– Tokyo 2020, les Jeux olympiques radioactifs
– Potpourri
– Propositions de lecture
Invitation à tous les membres en ordre de cotisation à participer à cette réunion du CC de ce jeudi. Lire l'ordre du jour.
Les ordres du jour et les rapports de toutes les réunions sont disponibles ici : www.findunucleaire.be/lettre/pdf/
Manifestation pour la fermeture immédiate des 5 réacteurs belges les plus dangereux
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À la date anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986
Une action similaire sera menée simultanément à Cologne.
Le 26 avril 2019 verra la commémoration du 33e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Après 33 années, la situation sanitaire des habitants qui vivent dans un territoire grand comme 5 fois la Belgique continue de se dégrader du fait de la contamination radioactive : plus de 80 % des enfants qui y vivent sont en mauvaise santé, contre moins de 20 % avant l’accident. Cette déclaration de Raisa Misura, pédiatre et directrice de l’hôpital central de Stoline, à 240 km au nord-ouest de Tchernobyl, ne surprend donc pas : « 84 % des femmes enceintes ont une pathologie. C’est pourquoi la naissance d’un enfant en parfaite santé est un évènement rare » (bulletin de janvier 2008 du bureau biélorusse de l’ONU).
En Belgique, tout va bien… pour l’instant : avec deux réacteurs dont les cuves présentent des milliers de fissures et trois autres ayant plus de 40 ans de fonctionnement, la probabilité d’un accident majeur, comme à Tchernobyl et Fukushima, est loin d’être négligeable. Plus un réacteur atomique est vieux, plus il est dangereux.
Aussi l’ASBL Fin du nucléaire, le RAN et Bouli Lanners vous invitent à participer à la manifestation antinucléaire du vendredi 26 avril à 16 h à Bruxelles. Ci-dessous vous trouverez les informations pratiques et l’adresse de l’évènement Facebook. Vous y trouverez aussi un argumentaire à propos du risque inacceptable que nous fait courir la filière nucléaire qui, en plus de produire des déchets hautement radioactifs et quasi éternels dont on ne sait que faire, génère aussi des gaz à effet de serre en quantité.
Horaire
Déroulement
Vers 16 h, les manifestants se rendront en cortège devant le siège d’Engie-Electrabel situé à 400 m de la gare.
À la fin de la manifestation, toutes les personnes présentes seront invitées à se coucher par terre pendant 1 minute pour évoquer les conséquences d’un accident nucléaire grave ; le début et la fin de cette action finale seront signalés par sirène et mégaphone.
Pas de discours prévu en fin de manifestation. N’oubliez pas vos pancartes et calicots pour montrer nos exigences à Engie et au pouvoir politique, ni de prévoir ce qu’il faut pour se coucher par terre.
Argumentaire
Promotion
Si possible, imprimer les tracts et affiches en noir et blanc sur du papier jaune intense. Si vous habitez en région liégeoise, les tracts et affiches sont disponibles à Barricade, rue Pierreuse 19, 4000 Liège (du lundi au vendredi, de 12h30 à 18h30, et le samedi, de 13h30 à 18h30).
Soutien
Écrivez-nous si vous pouvez aider concrètement à l’organisation de la manifestation (avant et/ou le jour même).
Merci de relayer vers la (les) association(s) dont vous êtes membre.
Organisation
Fin du nucléaire asbl, RAN et Aachener Aktionsbündnis gegen Atomenergie
NUCLÉAIRE ET CLIMAT
Le fonctionnement d’un réacteur lui-même ne génère que peu de gaz à effet de serre (GES). Mais la filière nucléaire comporte de nombreuses autres étapes qui toutes nécessitent beaucoup d’énergie d’origine fossile et donc émettent des GES, principalement : extraction du minerai, broyage, raffinage, enrichissement de l’uranium, construction et démantèlement des centrales, conditionnement et stockage des déchets.
Le nucléaire génère environ 8 fois plus de GES que l’éolien par unité d’énergie produite. C’est là une affirmation étayée, alors même que pour plusieurs étapes du cycle de vie du nucléaire, les données ne sont pas disponibles ou sont très incertaines : enrichissement, démantèlement et gestion des déchets pendant plus de cent-mille ans. Pour l’enrichissement de l’uranium, l’industrie nucléaire mondiale consomme annuellement 150 000 tonnes de fluor et de chlore sous des formes diverses, qui peuvent constituer des GES dont le potentiel de réchauffement est beaucoup plus grand que celui du gaz carbonique (CO2). Que deviennent-ils ? Quelle proportion est relâchée dans l’atmosphère ? Il n’existe pas de données accessibles pour répondre à ces questions.
Un seul réacteur de 1 GW nécessite annuellement l’extraction d’environ 200 000 tonnes de minerai*, une quantité qui est appelée à augmenter, le minerai exploité étant de moins en moins concentré. Les étapes d’extraction, broyage et raffinage produiront donc de plus en plus de GES. Dans quelques décennies, la quantité de GES émise par kWh nucléaire dépassera le niveau du kWh fossile.
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* Auquel il convient d’ajouter les « roches stériles », c'est-à-dire les roches extraites mais non traitées, car présentant des taux d’uranium trop faibles pour l’exploitation industrielle. Ce qui donne 800 000 tonnes supplémentaires, soit un total annuel de 1 million de tonnes de roche extraites par GW nucléaire, du moins en se basant sur les données de l'exploitation des mines d'uranium en France (source : IRSN).Pour aller plus loin : Climate change and nuclear power, Jan Willem Storm van Leeuwen, 2017, 85 pages.
Extrait de www.findunucleaire.be/agenda.htm :
Samedi 27 avril, 16 h, Liège
Climat, nucléaire et décroissance
Quels sont les liens entre les dérèglements climatiques — désormais dans les préoccupations d’une partie significative de la population belge —, la lutte antinucléaire et le mouvement de la décroissance ? Pourquoi faut-il articuler ces trois choses ? C’est à ces questions que répondront Francis Leboutte, ingénieur civil, et Bernard Legros, enseignant et essayiste, tous deux membres-fondateurs du Mouvement politique des objecteurs de croissance et de l’asbl Fin du nucléaire, ainsi que collaborateurs au journal Kairos.
Les défenseurs de l’atome présentent leur « solution » comme une nécessité à la fois pour sauver le climat et assurer des besoins énergétiques croissants. Le cycle de vie de la filière nucléaire sera examiné à l’aune de cette affirmation et son bilan carbone dressé et comparé aux sources d’énergie électrique. Quels enseignements en retirer pour le futur énergétique de la Belgique ?
La transition de la décroissance est indispensable pour revenir à une empreinte écologique globale soutenable — exigeant donc une nette décrue des émissions de GES — qui permettra à l’humanité de poursuivre son aventure cosmique, cette fois sur des bases renouvelées et raisonnables.Dans le cadre des journées Imagine (www.lesjourneesimagine.be) :
- Au Cinéma Sauvenière (Les Grignoux), Espace INÉDIT, 14 Place Xavier-Neujean, 4000 Liège.
- Gratuit.
- Inscription : https://www.eventbrite.fr/e/billets-climat-nucleaire-et-decroissance-59037570964
- Évènement FB : https://www.facebook.com/events/271461110410444/
Extrait de la page www.findunucleaire.be/echo.htm :
Tokyo 2020, les Jeux olympiques radioactifs10 avril 2019
Traduit de l’anglais par FDN, article original en anglais sur le site de l’IPPNW
Dans un an, le 26 mars 2020, le relai de la flamme olympique débutera dans la préfecture de Fukushima contaminée par la radioactivité. C’est pourquoi le 26 mars 2019, un groupe d’organisations antinucléaires d’Allemagne, de Suisse, de France et du Japon a lancé une campagne d’information internationale intitulée « Tokyo 2020, les Jeux olympiques radioactifs ». La campagne mettra l’accent sur la contamination radioactive du Japon suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars 2011.
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Le docteur Alex Rosen, président de la section allemande de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW(1)), l’une des principales organisations à l’origine de la campagne : « Nous sommes préoccupés par les conséquences sanitaires de la contamination radioactive, en particulier pour les personnes les plus vulnérables aux rayonnements, comme les femmes enceintes et les enfants ».
Les règlementations internationales limitent à 1 mSv par an(2) la dose de radiation supplémentaire pour le public à la suite d’un accident nucléaire. « Dans les régions où les ordres d’évacuation ont été récemment levés, la population sera toutefois exposée à des niveaux allant jusqu’à 20 mSv par an », déclare le Dr Jörg Schmid, médecin de l’IPPNW et membre fondateur de la campagne. « Même les endroits qui ont fait l’objet de vastes efforts de décontamination peuvent être recontaminés à tout moment à la suite des conditions météorologiques défavorables, car les montagnes et les forêts environnantes constituent des réserves sans fin de particules radioactives. Aujourd’hui, les autorités japonaises tentent de forcer les personnes évacuées des zones contaminées à rentrer chez elles en réduisant leur aide financière et en mettant fin aux programmes de logement pour les réfugiés nucléaires », explique M. Schmid.
La campagne, qui se poursuivra jusqu’à la fin des Jeux olympiques, a un message clair : « Nous dénonçons la tentative du gouvernement japonais de prétendre que la situation est redevenue normale dans les régions contaminées du Japon », déclare le docteur Rosen. « Déjà maintenant, nous constatons une augmentation du taux de cancer de la thyroïde chez les enfants et les adolescents de Fukushima(3). Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Plus de 50 000 réfugiés nucléaires continuent de vivre comme personnes déplacées dans leur propre pays. En même temps, de plus en plus de déchets radioactifs s’infiltrent dans les eaux souterraines et dans l’océan et les travaux de décontamination et de reconstruction sont en grande partie réalisés par des sous-traitants non qualifiés et mal informés, sans formation ni protection adéquate. Cela ne ressemble pas à la normalité ».
Notes de Fin du nucléaire
(1) IPPNW : International Physicians for the Prevention of Nuclear War
(2) mSv : millisievert. Le débit de dose s’exprime en mSv/an ou en microsievert par heure (1 mSv/an = 0,114 µSv/h).
(3) Voir cet article : Fukushima : le risque de cancer de la thyroïde multiplié par 15 (au moins).Les sportifs et touristes qui voudraient se rendre au Japon dans les zones « normalisées », soit qu’elles auraient été décontaminées, soit qu’elles auraient dû être évacuées et qu’elles ne l’ont pas été, devraient prendre conscience que ce faisant, ils prendraient un risque pour leur santé et seraient les complices de cette « normalisation » voulue par l’État japonais avec le soutien d’institutions internationales comme l'OMS et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).
Sur cette stratégie de normalisation, lire Minimiser les impacts catastrophiques d’un accident nucléaire est en passe de devenir un grand classique (Sezin Topçu, Nolwenn Weiler pour Bastamag le 12 mars 2019).
Potpourri1er avril 2019
Le 11 mars au Cercle du Libre Examen de l'UBruxelles avait lieu une conférence-débat où intervenait notamment Henri Zaccai, ancien coordinateur du développement international au sein d’Areva (aujourd’hui Orano) et consultant sénior dans l’énergie nucléaire. Le temps de parole étant limité, Fin du nucléaire lui a adressé, de même qu’aux autres participants, ces quelques commentaires :
Vous avez dit que l’accident de Three Mile Island de 1979 n’avait pas « affecté l’extérieur de la centrale », « l’enceinte de confinement ayant joué son rôle ». En réalité, dès le 1er jour de l’accident, des niveaux de radiation très importants ont été mesurés à l’extérieur de l’enceinte du réacteur ; par exemple, à 11 h 30, à Kunkel School (10 km de la centrale), une mesure indique 13 mrem/h (millirem par heure) ce qui fait environ mille fois la radioactivité naturelle. Cet accident et ses conséquences sont très bien documentés dans le livre de deux ingénieurs français, Jean-Pierre Pharabod et Jean-Paul Schapira, « Les jeux de l’atome et du hasard » (Calman-Lévy, 1988).
Vous avez aussi prétendu avec une certaine force que la filière du thorium n’était pas surgénératrice. En fait, le seul isotope fissile disponible sur terre est l’uranium 235 (U235), le thorium (Th232) n’est donc pas fissile. Il est par contre fertile, comme l’uranium 238. La production de noyaux fissiles à partir de noyaux fertiles* étant le principe même de la surgénération, il n’est pas nécessaire d’aller plus loin dans l’explication. J’ajoute tout de même que les tentatives de construire des surgénérateurs remontent à plus de 60 ans. Aujourd’hui, il n’y a pas de surgénérateur industriel en fonctionnement malgré l’importance du budget consacré à cette filière, plus de cent-milliards d’euros (USA, Russie, France, Allemagne, Japon, Italie, Inde…).
La minimisation des conséquences sanitaires des accidents de Tchernobyl et Fukushima que vous faites est typique de la propagande nucléariste, aidée en cela par des programmes de « normalisation des territoires contaminés » financés en partie par l’UE (par exemple, le programme Ethos du CEPN**). Il y a plus dix ans, une estimation indépendante faisait état de plus de 400 000 morts parmi les 800 000 liquidateurs de Tchernobyl. Parmi les 400 000 survivants, plus de la moitié souffraient d’une ou plusieurs pathologies liées à l’exposition à la radioactivité. Autour de Tchernobyl, sur territoire 5 fois comme la Belgique, plus de 80 % des enfants sont en mauvaise santé (moins de 20 % avant l’accident) et la situation sanitaire continue de se dégrader. Dans la province de Fukushima, on commence à entrevoir de quoi sera fait l’avenir : huit ans après l’accident, le risque de cancer de la thyroïde est multiplié par 15, au moins (voir l’article du Dr Alex Rosen sur www.findunucleaire.be/documents.htm#articles). Pour clore ce chapitre, je vous laisse méditer cette déclaration du docteur Raisa Misura, pédiatre, directrice de l’hôpital central de Stoline, en 2008 : « 84 % des femmes enceintes ont une pathologie. C’est pourquoi la naissance d’un enfant en parfaite santé est un évènement rare » (Stoline se trouve au Belarus, à 240 km au nord-ouest de Tchernobyl).
Vous dites du nucléaire que « c’est une source d’énergie fiable, ne dégageant pas de CO2 ». Pour la fiabilité, abstraction faite des accidents graves connus, la Belgique démontre qu’il n’en est rien avec, pour ses réacteurs, un facteur de charge de l’ordre de 70 % sur les 7 dernières années au lieu de 95 % (nous sommes en passe d’inventer le nucléaire intermittent) et un risque croissant de délestage et blackout. Pour le CO2 et autres GES, j’en ai suffisamment parlé, je vous rappelle simplement, entre autres éléments flagrants, qu’un réacteur de 1 GW nécessite 200 000 t de minerai d’uranium à 0,1 %, chaque année, ce minerai étant extrait et traité avec de l’énergie fossile. Le chiffre que vous avancez par la suite pour l’ensemble du cycle de vie et par kWh nucléaire produit, moins que l’éolien, ne tient tout simplement pas la route.
Le principe de la « défense en profondeur » que vous invoquez au nom de l’industrie nucléaire est certainement un bon principe (en principe…). C’est un principe qui exige notamment une qualité maximale des matériaux utilisés pour les éléments essentiels d’un réacteur, la cuve en particulier. Cependant, les faits démontrent qu’il est bafoué quotidiennement, en Belgique, mais aussi en France (vous devriez être bien placé pour connaitre les nombreuses malversations commises par Le Creusot, le forgeur d’Areva, pour des centaines de pièces critiques). Voici ce que dit un rapport de la NRC, l’agence de contrôle nucléaire étasunienne, en 2013, à propos des réacteurs belges fissurés (T2 et D3) : « It is considered highly unlikely that a component with such imperfections would, have been accepted by any owner had the indications been properly recorded and reported ». Six ans plus tard, ces réacteurs sont toujours en fonctionnement… Ce qui démontre que les organismes de contrôle, tant en France qu’en Belgique, ne sont pas « indépendants » et « compétents ».
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* C’est-à-dire, production de Pu239 à partir de l’U238 ou d’U233 à partir du Th232.
** Le CEPN, Centre d’Étude sur l’évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire (France). Créé en 1976, le CEPN rassemble EDF, AREVA (Orano), le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire).Le diaporama de l'exposé de Fin du nucléaire est disponible ici.
Le nucléaire n'est pas la réponse au réchauffement climatique et son coût est prohibitif. Jean-Marc Rombeaux, avril 2019.
La lettre d’un garçon de 16 ans, réfugié de Fukushima. Matsuki Kamoshita, 2018.
Autour de Tchernobyl, l’effrayant état de santé des habitants des zones contaminées. Émilie Massemin (Reporterre), le 5 septembre 2018.
Pour le comité de coordination de Fin du nucléaire,
Francis Leboutte
Fin du nucléaire, rue de la Charrette 141, 4130 Esneux
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T. : 04.277.06.61
Les archives de la lettre des membres : www.findunucleaire.be/lettre