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Fin du nucléaire asbl |
Lettre aux membres de Fin du nucléaire (FDN)
Lettre n° 31
Le 18 novembre 2019
Sommaire
- Réunion du CC (comité de coordination)
- Évaluation de l’option nucléaire pour lutter contre le changement climatique
- Agenda
- Non au jeux olympiques radioactifs de Tokyo (pétition)
- Le nucléaire c’est fini (livre)
Invitation à tous les membres en ordre de cotisation à participer à cette réunion du CC de ce jeudi. Lire l'ordre du jour.
Les ordres du jour et les rapports de toutes les réunions sont disponibles ici : www.findunucleaire.be/lettre/pdf/
Extrait de la page www.findunucleaire.be/echo.htm
En plus de l’analyse habituelle de l’état de la filière nucléaire dans le monde, le dernier rapport annuel « World Nuclear Industry Status » (WNISR2019, publié en septembre 2019), contient une intéressante analyse du rôle potentiel que pourrait jouer l’énergie nucléaire pour lutter contre le changement climatique. D’autre part, certains pays, comme la Belgique, sont l’objet d’une analyse plus détaillée.
- L'extrait du rapport à propos du climat (en anglais, 29 pages). Lire aussi cette autre brève à propos du couple climat-nucléaire, publié le 26 avril 2019 sur la page « L'Écho des atomes ».
- Le rapport complet (en anglais, 289 pages).
Ci-dessous le communiqué de presse émis à l’occasion de la publication du rapport (source : www.worldnuclearreport.org/... , traduction en français par Fin du nucléaire asbl).
La présentation mondiale du rapport « World Nuclear Industry Status Report 2019 » (WNISR2019) a eu lieu le 24 septembre 2019 à l’Université d’Europe centrale (CEU) de Budapest. L’événement a été ouvert par le président de la CEU et le recteur Michael Ignatieff et le rapport présenté par Diana Ürge-Vo, professeur à la CEU et membre senior du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) — elle a aussi écrit l’avant-propos du rapport — et Benedek Javor, ancien membre du Parlement européen (voir la vidéo).
Le rapport WNISR2019 évalue en 323 pages l’état et les tendances de l’industrie nucléaire internationale et analyse le rôle potentiel de l’énergie nucléaire comme option pour lutter contre le changement climatique. Huit experts interdisciplinaires de six pays, dont quatre professeurs d’université et le cofondateur et président émérite du Rocky Mountain Institute, ont contribué au rapport.
Bien que le nombre de réacteurs en exploitation ait augmenté de quatre au cours de la dernière année pour atteindre 417 à la mi-2019, il demeure notablement inférieur au record historique de 438 atteint en 2002.
Au cours des cinq dernières années, la construction de réacteurs a diminué, avec 46 réacteurs en construction à la mi-2019, comparativement à 68 réacteurs en 2013 et 234 en 1979. Le nombre de mises en chantier annuelles est passé de 15 avant Fukushima (2010) à cinq en 2018 et, jusqu’à présent, à un seul en 2019. Le record historique avait été atteint en 1976 avec 44 mises en chantier, soit plus qu’au cours des sept dernières années.
Mycle Schneider, coordonnateur du projet WNISR et éditeur, a déclaré : « Il ne fait aucun doute que le taux de renouvellement des centrales nucléaires est trop lent pour garantir la survie de cette filière ».
Ainsi, à la mi-2019, pour la première fois, l’âge moyen du parc mondial de réacteurs nucléaires a dépassé les 30 ans.
D’autre part, les énergies renouvelables continuent de surpasser l’énergie nucléaire selon pratiquement tous les critères d’analyse. En 2018, 165 gigawatts (GW) d’énergies renouvelables ont été ajoutés aux réseaux électriques mondiaux contre seulement 9 GW de capacité nucléaire. Globalement, la production d’énergie éolienne a augmenté de 29 % en 2018, celle du solaire de 13 % et celle du nucléaire de 2,4 %.
Par rapport à la décennie précédente, les énergies renouvelables non hydroélectriques ont produit 1 900 TWh d’électricité en plus contre seulement 300 TWh pour le nucléaire ; de même les capacités de production des filières du charbon, du pétrole et du nucléaire ont diminué au contraire des autres (éolien, PV, hydro et gaz).
Qu’est-ce que tout cela signifie pour le rôle potentiel de l’énergie nucléaire dans la lutte contre le changement climatique ? Le WNISR2019 fournit un nouveau chapitre sur la question. Diana Ürge-Vorsatz, professeur à l’Université d’Europe centrale et vice-présidente du Groupe de travail III du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), note dans son avant-propos au WNISR2019 que plusieurs scénarios du GIEC qui atteignent la température cible de 1,5 °C dépendent fortement de l’énergie nucléaire et que « ces scénarios soulèvent la question de savoir si l’industrie nucléaire sera réellement capable de produire la puissance nécessaire dans ces scénarios, en temps et en argent pour répondre aux besoins, de manière rentable et dans les meilleurs délais aux nouvelles conditions de l’environnement. Ce rapport est peut-être la publication la plus pertinente pour répondre à cette question pertinente ».
Au cours de la dernière décennie, les estimations des coûts de revient de l’énergie solaire photovoltaïque et l’énergie éolienne ont chuté, respectivement, de 88 % et de 69 % ; par contre, celui de l’énergie nucléaire a augmenté de 23 %.
Les nouvelles centrales solaires peuvent concurrencer les centrales au charbon existantes en Inde et les éoliennes produisent, à elles seules, plus d’électricité que les réacteurs nucléaires en Inde et en Chine.
Mais les centrales nucléaires sont également beaucoup plus lentes à construire que toutes les autres options : les neuf réacteurs mis en service en 2018 ont pris en moyenne 10,9 ans pour être achevés.
En d’autres termes, l’énergie nucléaire est une option plus coûteuse et plus lente à mettre en œuvre que les solutions alternatives et n’est donc pas efficace dans la lutte contre l’urgence climatique ; au contraire, elle est contre-productive, car les fonds qu’elle mobilise ne sont pas disponibles pour les options plus efficaces.
Une conclusion plutôt surprenante des analyses est que même la prolongation de l’exploitation des réacteurs existants n’est pas efficace du point de vue climatique, car leurs seuls coûts d’exploitation dépassent les coûts des énergies renouvelables tout en retardant ainsi leur mise en œuvre. Ce que Mycle Schneider a résumé ainsi : « Vous ne pouvez dépenser un dollar, un euro, un forint ou un rouble qu’une seule fois : l’urgence climatique exige que les décisions d’investissement favorisent les stratégies de réponse les moins chères et les plus rapides. L’option nucléaire s’est toujours révélée la plus coûteuse et la plus lente ».
Nucléaire, l'impasse française
De Patrick Benquet, documentaire de 50 minutes, France, 2018.Depuis 50 ans, l'énergie nucléaire intervient dans la production d'électricité de nombreux pays, la France présente la particularité de dépendre pour sa production d'électricité à 75% du nucléaire. Un cas unique au monde. La France persiste et signe en persévérant dans le projet EPR abandonné par plusieurs pays et qui accumule les retards, les coûts continuant de grimper. De plus en plus de pays envisagent la sortie du nucléaire, mais on ne sait toujours pas comment démanteler les centrales en fin de vie, ni quoi faire des déchets !
Le film nous montre l'impasse dans laquelle s'engouffre la France, mais qu'en est-il de la Belgique ? Nous en parlerons après la projection avec Christian Steffens, un ingénieur indépendant, spécialisé dans les questions relatives au nucléaire.
Organisation : Le Festival du cinéma d'ATTAC Bruxelles.
Place à prix unique : 7 euros (sauf article 27).
Au cinéma Aventure, 17 rue des Fripiers (Galerie du Centre).
5G, 5e génération des normes de la téléphonie mobile : une révolution ?
Selon Agoria*, dans la brochure qu’elle a publiée en 2019, la 5G et l’IoD (internet des objets), avec la promesse « d’une collaboration sans limites entre hommes et machines », seraient bons pour le climat, l’environnement, la santé, l’éducation, l’agriculture… « L’utilisation massive d’objets connectés améliorera la gestion de l’énergie et de l’environnement, contribuant ainsi à la réalisation des objectifs climatiques européens ».
Qu’en est-il vraiment ?Avec Francis Leboutte, ingénieur civil, pour le Collectif stop5G.be.
À HEC Liège, Rue Louvrex 14 (salle 138 au 1er étage).
À 20 h, accueil dès 19 h 30.___
* Agoria est un lobby belge de l'industrie et des services liés aux nouvelles technologies. Extrait des statuts de cette ASBL :
Agoria est une association de personnes physiques et de personnes morales établies en Belgique exerçant en Belgique des activités ou prestant des services axés sur la technologie. L'association a pour objet :
– de s'engager pleinement au service de ses membres et d'user de toute son influence auprès des instances publiques et d'organisations privées pour rendre l'environnement socio-économique pour ses membres plus favorable aux entreprises par des actions aux niveaux local, régional, fédéral et européen[...]
Extrait de la lettre à signer, adressée au Président du Comité International Olympique :
Il est incompréhensible qu’il soit prévu que la flamme olympique débute son parcours à partir du J-village, non loin du site de Fukushima Daiichi, utilisé comme centre opérationnel de gestion de l’accident nucléaire, et qu’elle doive sillonner toute la zone contaminée.
Les mesures effectuées sur les sols autour du Stade Azuma Fukushima, où sont prévus les matchs de baseball et de softball, ont révélé une contamination allant jusqu’à 6176 Bq/kg.
De même, dans la partie de la baie de Tokyo où auront lieu les épreuves de natation du triathlon, l’eau est non seulement trouble et nauséabonde, mais une radioactivité importante s’y est accumulée. Car il faut savoir qu’à Tokyo aussi de nombreux « hot spots » radioactifs existent maintenant.
Outre l’inquiétude concernant la santé des athlètes en général, nous craignons que cet évènement, dans la région de Fukushima en grande partie contaminée pour des centaines voire milliers d’années, n’efface la gravité de la situation hautement dérangeante des résidents contraints d’y vivre. Parmi ceux-ci, des femmes — enceintes ou en âge de procréer — et des enfants sont touchés par la catastrophe et exposés à des taux élevés de rayonnements ionisants. En ne dénonçant pas la gravité de cette situation, vous risqueriez de vous en rendre complice laissant ainsi croire au monde entier que l’accident de la centrale de Fukushima n’a laissé aucune trace et fait désormais partie du passé.
Vient de paraître : « Le nucléaire c’est fini », La Parisienne Libérée, Edition La fabrique, 2019, 232 pages, 13 €.
Ce qu'en dit un membre de la CRIIRAD :
J’avais plutôt l’habitude d’écouter et de voir la Parisienne Libérée dans des sketchs et des chansons engagées. Je me régalais à chaque fois sur la météo nucléaire. En écrivant ce livre « le nucléaire c’est fini », elle change de registre et c’est un plaisir de la lire. On comprend vite qu’il n’y a pas besoin d’être un spécialiste de la chose pour avoir une opinion, non pas éclairée, mais plutôt intuitive.
En regardant l’histoire du nucléaire au travers de ce récit, le lecteur s’aperçoit assez vite que cette énergie a été imposée à l’ensemble de la population par des politiques et des militaires. Les choix ont été faits pour le bien de la nation et pour le rayonnement de la France, sans demander l’avis aux principaux intéressés : Dormez tranquilles, tout est sous contrôle.
Il y a la grande mais aussi la petite « histoire », comme celle qui raconte comment le général de Gaulle n’a pas hésité à proposer au régime totalitaire de Franco les moyens de faire la « Bombe » et puis aussi tout le combat du Pays Basque espagnol pendant des années pour arrêter le projet de la centrale nucléaire de Lemoiz.
Sans un état policier, le nucléaire ne survivrait pas. L’auteure nous laisse entendre que seule une faillite généralisée pourrait en venir à bout, tellement le lobby est puissant. Un livre à mettre entre toutes les mains et à faire passer.
Plus d'information sur le site de l'éditeur.
Pour le comité de coordination de Fin du nucléaire,
Francis Leboutte
Fin du nucléaire, rue de la Charrette 141, 4130 Esneux
www.findunucleaire.be
info@findunucleaire.be
T. : 04.277.06.61
Les archives de la lettre des membres : www.findunucleaire.be/lettre