Les coûts du nucléaire comparés à ceux des énergies renouvelables

Source : World Nuclear Status Report $1 = €0.9, soit $150 = €135.

Qu’est-ce que le LCOE ou Coût Actualisé de l’Énergie, et est-ce un outil complet et fiable ? Le plus souvent, ces estimations n’incluent pas les autres coûts associés à chaque type de système de production (équilibrage et interconnexions des réseaux électriques, dispositifs de stockage de l’énergie). Ils tiennent compte a minima du facteur de charge1, du coût de construction et de la durée de vie prévue. Il devrait normalement s’agir d’une analyse du cycle de vie complet, de la mine au recyclage.

– Le facteur de charge moyen est surestimé pour l’énergie nucléaire.

– Les coûts de stockage des déchets et de démantèlement sont sous-estimés pour l’énergie nucléaire.

– Les améliorations existantes et futures des techniques de recyclage des installations d’énergie renouvelable sont sous-estimées (batteries, pales d’éoliennes, panneaux solaires…).

– Le coût des ressources est très difficile à prévoir (les terres rares par exemple).

– Le coût du minerai d’uranium augmentera avec sa rareté attendue à moyen terme.

Coût des SMR
– Aucun projet n’est proche de la production. Source : WNISR22 p 26.
– Les estimations ne prévoient pas un coût inférieur à celui de la dernière génération nucléaire. Par exemple, Nuscale, aux États-Unis, approuvé par la NRC en 2020, ne sera pas actif avant 2029, et l’estimation des coûts n’est pas fiable.
– Qu’en est-il des économies d’échelle ? Ce point n’est pas pas pertinent à moins (peut-être ?) qu’ils n’en construisent des centaines en série, ce que nous ne voulons pas…
– La Belgique veut investir 100 millions d’euros dans la « recherche » de SMRs refroidis au plomb, en contradiction avec la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire, et de toute façon ce sera trop tard (2040 ?) : des investissements plus efficaces dans les énergies renouvelables !

Les réacteurs vieillissants actuellement en production sont soumis à des coûts supplémentaires

Les anciens réacteurs sont censés être amortis, certains disent à tort qu’ils ont un coût annuel très inférieur à celui des nouveaux réacteurs nucléaires.

  • Les déchets augmenteront, donc les provisions pour la gestion des déchets augmenteront !
    Le coût de la mise en conformité des deux réacteurs avec les réglementations en vigueur en Belgique, y compris les nouvelles réglementations en matière de sécurité. Pour financer ces coûts d’investissement et d’exploitation et partager les recettes futures, la coentreprise Gouvernement/Engie gérera ces coûts techniques et contrôlera les coûts et les bénéfices générés par la production future d’électricité. … Estimation des coûts de mis à niveau  : entre 1,6 milliard et 2 milliards d’euros.
  • En France, le « grand carénage » coûtera entre 55 et 100 milliards d’euros pour 56 réacteurs (66 GW), soit entre 1 et 1,7 milliard par réacteur et 6 à 7 mois de travaux. (56 réacteurs et 66 GW). On ne connaît pas le coût réel de la réparation des soudures de nombreux réacteurs français, mais il est en tout cas inférieur au manque à gagner dû à la baisse de production et à la rupture d’approvisionnement.
  • Effet du dérèglement climatique => arrêts d’urgence ou catastrophes ! Trop d’eau, eau trop chaude, pas assez d’eau, tempêtes… ! Lors de la crue de 2020 à Tihange, le débit de la Meuse est passé de 300 à 1500 m³/s, très proche de la limite ! Avec 50 ou 100 m³/s de plus, la centrale de Tihange était à l’arrêt, voire pire…

Périodes d’inactivité dues à des problèmes inattendus en France

En 2022, la production nucléaire française a été de 70 % de la moyenne des 20 dernières années, le facteur de charge1 était seulement de 54 %, contre 73 % entre 2015 et 2019.
En raison du problème de corrosion des tuyaux et de la maintenance périodique, le 15 août 2022, 28 sur 56 étaient à l’arrêt. Certains réacteurs ont été ralentis ou même arrêtés l’été dernier pour des raisons climatiques également. Encore 17 à l’arrêt le 3 mars, et au moins 20 devraient l’être à l’été 2023, pour cause de maintenance + réparation du problème de corrosion des tuyauteries. EDF a eu une baisse de sa production nucléaire en 2022, donc EDF a été obligée de dépenser 29,1 milliards d’euros en rachat d’électricité sur le marché, importations comprises, sans compter les opérations techniques : 500 soudeurs américains embauchés, certains venant de Westinghouse, pour réparer les fameux tuyaux qui ont été rajoutés pendant la construction au brevet Westinghouse, et mal soudés. Une mauvaise image pour l’ingénierie française !

Facteurs de charge 1 des réacteurs nucléaires en Belgique 2016 => 2021

En 2018, un seul réacteur, Doel 3, a fonctionné du 12 octobre au 13 novembre, puis un deuxième (Tihange 1) a été ajouté jusqu’à la mi-décembre…
2015 (<= 50 %) : enquête sur les réacteurs fissurés et autres problèmes.
2018 (< 60 %) : pannes et dégradation du béton.
Engie prévoit une norme de 80 % (83 % en 2022).
En 2021, la Febeg annonce 96,7 %, le Forum nucléaire 92 % ! Nous reconnaissons que c’était une bonne année pour Engie, mais sur plusieurs années, la moyenne reste inférieure à 80 %.

Source du graphique : Febeg
Source du graphique : Febeg

Nos réacteurs belges sont également construits sur la base du même brevet PWR Westinghouse, ils sont donc proches des modèles français et des défaillances similaires pourraient donc se produire chez nous.

La question des déchets nucléaires n’est pas résolue !

En Belgique, 8 milliards d’euros ont été provisionnées pour le démantèlement des réacteurs.
Le SF2 est un bâtiment en construction pour le « stockage temporaire à sec » des assemblages de combustible nucléaire usé sur le site de la centrale nucléaire de Tihange. Il est prévu pour une durée de 80 ans. Trois autres bâtiments seront construits pour être utilisés à partir de 2029 lors du démantèlement des réacteurs.

Répartition des déchets radioactifs en Belgique. Données : Ondraf

Le projet est de stocker définitivement les déchets de catégories B et C dans des dépôts souterrains, à 400 mètres de profondeur, dans des couches géologiques d’argile ou de schiste. Cette étape n’interviendra pas avant quelques décennies. Les déchets de faible activité A et les autres déchets en attente d’enfouissement seront stockés par Belgoprocess à Dessel. En Belgique, contrairement à la France, les assemblages de combustible nucléaire usé ne sont pas censés être retraités !
Voir aussi le World Nuclear Waste Report et la consultation en cours en Belgique

Coût du stockage des déchets radioactifs en Belgique : au moins 12 milliards d’euros (Ondraf), étendu à un maximum de 15 milliards à charge d’Engie dans les accords entre le gouvernement Belge et Engie le 29/05/2023, soit plus de 2,5 milliards d’euros par gigawatt !
Le coût total « si on le fait tout de suite » est donc limité arbitrairement à un maximum de 23  milliards d’euros (presque 4 milliards par gigawatt); le reste, en cas de dépassement sera à charge de la Belgique. Le montant de 15 milliards sera versé dans le futur proche par Engie dans un fond géré par le gouvernement Belge, car la gestion des déchets durera des décennies, voire des siècles… Et les détails techniques de la gestion des déchets ne sont pas clairement définis à ce stade !

En Allemagne

  • Le démantèlement coûterait au moins 500 millions d’euros par réacteur ; il s’agit d’une estimation basse, qui devrait être d’au moins 1 milliard d’euros par gigawatt.
  • Aucune solution en vue pour l’enfouissement des déchets hautement radioactifs (27 000 m³). La reconversion d’une ancienne mine de sel a été abandonnée pour des raisons de sécurité.
  • Les autorités se sont donné jusqu’à 2031 pour trouver un nouveau site de stockage définitif pour une mise en service vers 2050…

Au total en Allemagne, le stockage des déchets radioactifs générés par près de soixante ans d’énergie nucléaire coûterait 176 milliards d’euros (parlement allemand) [environ 30 réacteurs nucléaires puissants pendant 60 ans].

USA : Le Wipp, site de stockage au Nouveau-Mexique, a eu quelques problèmes…

Le projet “pharaonique” français d’enfouissement des déchets nucléaires à 500 mètres sous terre à Bure (Meuse)3

  • 120 ans de travaux pour enfouir la production française de déchets de moyenne et haute activité, soit 85 000 m³. Pas de place pour la production future !
  • 500 hectares occupés au sol.
  • Des remblais équivalents au volume excavé du tunnel sous la Manche.
  • 270 km de tunnels, soit plus de deux fois la longueur du métro parisien.
  • Plus une quantité d’alcôves allant jusqu’à 50 mètres de long pour stocker les déchets de haute activité dans des conteneurs « irradiants » peu épais. Contrairement aux spécifications, en pratique aucune réversibilité ne sera possible…
  • 106 000 tonnes d’acier, soit l’équivalent de 14 tours Eiffel (7300 tonnes d’acier chacune).
  • 6 millions de mètres cubes de béton, soit, en tonnes, plus que la pyramide de Kheops !
  • Une usine de déconditionnement/conditionnement au sol de produits hautement radioactifs, des fuites en surface ne sont donc pas exclues !
  • Une gare ferroviaire recevant 2 wagons par semaine pendant des décennies.
  • Jusqu’à 822 mégawattheures d’électricité en moyenne par jour. Cela correspond à la consommation d’électricité d’environ 83 000 familles à 3500 kWh par an. Cela explique pourquoi il y aura une sous-station électrique de 400 000 volts sur 6 ha.
  • Impossible d’éviter les fuites à tous les niveaux de l’installation et leur propagation à l’extérieur de la centrale. Des incendies et des explosions ne sont pas à exclure… Les conteneurs irradiants en contact avec l’argile vont émettre des radiations qui vont provoquer une radiolyse de l’eau présente dans ces argiles et créer de l’hydrogène et des radicaux chimiques qui vont générer des acides, lesquels vont éventuellement générer des fuites. Certains (Jancovici & co) soutiennent que les déchets sont stockés sous les aquifères, mais cela n’exclut pas du tout la pollution. L’eau est pompée de la zone de stockage et peut s’écouler en surface ou par des puits et autres accès en pente creusés dans les couches géologiques, atteignant ainsi les aquifères ! Les couches géologiques de moins de 500 mètres seront transformées en une sorte de gruyère plein de trous.
  • La ventilation et l’extraction d’eau s’arrêteront à la fermeture des portes vers 2150… Que se passera-t-il ensuite ?
  • N’oublions pas le scandale de Stocamine, un stockage de déchets chimiques dans une mine de sel en Alsace, qui s’est révélé être un fiasco menaçant les nappes phréatiques de toute une région, malgré des promesses de réversibilité extrêmement difficiles à mettre en œuvre.
  • Le coût d’au moins 35 milliards est très très sous-estimé, et va très probablement gonfler vers ou au-delà de 100 milliards €, car comme en Belgique et en Allemagne, le coût atteindra au moins 2 milliards d’euros par gigawatt (et probablement plus ?)…

Coût des accidents possibles, dont la probabilité augmentera avec l’âge des réacteurs

Il pourrait atteindre des centaines de milliards d’euros, et compte tenu de la densité de population en Belgique, la ruine d’une partie importante du pays. Imaginez l’évacuation d’Anvers, de Namur, de Gand ou de Liège, voire de Bruxelles et de toutes les institutions qui y sont installées ! Où iront les réfugiés belges ?

Rotterdam est à environ 60 km, La Haye à 74 km, Maastricht à 40 km, Aix-la-Chapelle à
environ 60 km d’une centrale nucléaire belge. Les grands cercles ont 80 km de rayon.

En cas d’accident, la couverture d’assurance est insuffisante.

  • Le montant des dommages nucléaires dont l’exploitant est responsable s’élève à 700 millions d’euros pour chaque accident nucléaire en Belgique, selon la Convention de Paris de 1960, amendée en 1985 et complétée en 2022 : 700 millions d’euros par installation et par accident (70 millions d’euros pour les installations « à risque réduit »)
  • 80 millions d’euros pour les accidents survenant lors du transport de substances radioactives.
  • À cela s’ajoutent deux contributions supplémentaires : celle de l’Etat de l’installation, soit 500 millions d’euros, et celle des États parties à la Convention de Bruxelles, soit 300 millions d’euros.

Les fonds disponibles pour l’indemnisation des victimes d’un accident nucléaire en Belgique s’élèvent donc à 1,5 milliard d’euros.

Et quelles sont les indemnisations possibles pour les pays voisins, par exemple les Pays-Bas et l’Allemagne ?

Il n’y a tout simplement pas de couverture en cas d’accident nucléaire grave !

Notes :

  1. Le facteur de charge est le rapport (%) entre la quantité réelle de kilowattheures (kWh) fournie par un système au cours d’une période donnée et le nombre total de kilowattheures qui pourrait être fourni par le système au cours de cette période donnée.
  2. Consultation publique en cours sur le démantèlement de T2 (qui devrait s’arrêter fin juin 2023)
  3. Source : le rapport complet sur Bure (160 pages), notre article et les informations de l’Andra.
  4. Par rapport au climat, il est clair qu’un euro investi dans une énergie renouvelable économise bien plus de CO2 et de GES qu’un euro investi dans le nucléaire !
  5. Cet article a été mis à jour le 01/07/2023.

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