Une énergie sûre, abordable et respectueuse du climat pour tous

À l’invitation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et du Premier ministre de Belgique, le lobby nucléaire international, organise un sommet sur l’énergie nucléaire à Bruxelles le 21 mars 2024. Le lobby nucléaire prétend agir en faveur du climat. Mais derrière ce discours se cache l’espoir de détourner des sommes massives d’argent des vraies solutions climatiques, au détriment des populations et de la planète.

Le monde est confronté à de multiples crises sociales, environnementales et économiques. Les gens s’inquiètent du coût de la vie, des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique, ainsi que de leurs factures d’énergie. Lors du sommet sur l’énergie nucléaire, les lobbyistes et les responsables politiques présenteront la construction de nouvelles centrales nucléaires comme la solution à ces enjeux. Mais la réalité est toute autre.

Le nouveau nucléaire arrivera trop tard pour répondre à l’urgence climatique.
Les centrales nucléaires en cours de développement ont pris beaucoup de retard et ne pourront pas contribuer de manière significative à la diminution des émissions de gaz à effet de serre au cours de cette décennie. Elles doivent être considérablement réduites d’ici à 2030 pour limiter l’augmentation de la température mondiale à moins de 1,5 degré. Or, les nouvelles centrales nucléaires annoncées aujourd’hui ne seront raccordées au réseau que bien après cette échéance. Il s’agit donc d’une distraction qui ralentit la transition énergétique. L’abandon rapide des combustibles fossiles devrait plutôt se concentrer sur la mise en place d’un système énergétique 100 % renouvelable, associé à de l’efficacité énergétique et à des mesures visant à éviter une consommation excessive d’énergie. Ensemble, ces mesures peuvent répondre aux besoins énergétiques de la planète d’une manière équitable, respectueuse de l’environnement et réalisable.

L’énergie nucléaire est beaucoup plus coûteuse que les énergies renouvelables.
Les projets nucléaires sont confrontés à d’énormes dépassements de budget et sont, pour certains, abandonnés en raison de la montée en flèche des coûts. Les énergies renouvelables quant à elles, sont moins chères que jamais et leur coût relatif a fortement baissé par rapport à celui de l’énergie nucléaire. Selon l’édition 2023 du rapport sur l’état de l’industrie nucléaire mondiale (World Nuclear Industry Status Report), les nouvelles centrales nucléaires fournissent une énergie jusqu’à quatre fois plus chère que l’énergie éolienne. Les gouvernements doivent investir dans des solutions climatiques éprouvées, telles que l’isolation des maisons, les transports publics et les énergies renouvelables, plutôt que dans des expériences coûteuses, telles que les petits réacteurs modulaires (SMR), qui n’offrent aucune garantie de fonctionner un jour.

L’énergie nucléaire est dangereuse.
De l’extraction de l’uranium aux déchets radioactifs, la production d’énergie nucléaire présente un risque pour la santé, la sécurité et l’environnement. Les infrastructures nucléaires peuvent représenter des cibles militaires. L’énergie nucléaire augmente le risque de prolifération d’armes nucléaires dans le monde, de l’utilisation d’uranium appauvri et de bombes atomiques. La crise climatique accroît également les risques liés à l’énergie nucléaire, car l’augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses, des tempêtes et des inondations constitue une menace importante pour les centrales elles-mêmes et pour les dispositifs visant à prévenir les accidents nucléaires.

Nous vivons une situation d’urgence climatique. Le temps est précieux et trop de gouvernements le gaspillent en misant sur ce conte de fées qu’est l’énergie nucléaire.
Ce que nous exigeons, c’est une transition juste vers un système énergétique sûr et renouvelable, qui garantisse une énergie bon marché, des emplois et qui protège la vie sur notre planète.



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Le manque de flexibilité du nucléaire belge

En 2020, les éoliennes de la mer du Nord ont été arrêtées parce que le nucléaire belge n’était pas pilotable, donc que sa puissance ne pouvait pas être diminuée pour donner la priorité à l’énergie renouvelable.

Nos amis français nous répliquent que certains de leurs réacteurs sont tout à fait flexibles et peuvent adapter leur puissance à la demande.

Cet article répond donc à cette question !

Il y a deux méthodes de régulation de la réaction de fission par l’absorption de neutrons : grâce aux barres de contrôle1, qu’on monte ou qu’on descend, ou par la régulation de la concentration en bore dans l’eau du circuit primaire.

Sur certains réacteurs français, les barres de contrôle permettent de faire du « suivi de charge2 », en adaptant la puissance en continu. Chez nous, ces barres, qui sont nécessaires pour les arrêts complets et d’urgence des réacteurs, sont conçues différemment et ne permettent pas de faire ce suivi de charge.

Pour la modulation, il ne nous reste en Belgique que la modification de la concentration en bore, qui est beaucoup moins souple et génère de sérieuses restrictions expliquées par l’AFCN. En particulier pour diminuer la concentration en bore, il faut traiter et diluer de grandes masses d’eau.

Dans un document de l’AFCN, à la page 26, M. Frank Hardeman déclare :

« La raison technique exacte de l’existence d’une limitation de la modulation des réacteurs nucléaires si l’on n’utilise que le contrôle de la concentration en bore.

En cas de modulation de puissance, la puissance peut uniquement être réduite ou augmentée en adaptant la concentration en bore dans l’eau primaire. En cas de faibles concentrations, il faut introduire beaucoup d’eau dans le circuit primaire ou en évacuer beaucoup. [Il faut donc également diluer pour diminuer la concentration]. Cela entraîne de nombreux flux d’eau usée supplémentaires, ce qui présente des limitations opérationnelles.

À un moment donné, le traitement ne peut plus se faire correctement : c’est pourquoi la modulation n’est pas autorisée en cas de faibles concentrations en bore dans l’eau primaire. »

Les grey control rods (barres grises) sont des barres de contrôle1 utilisées dans les réacteurs où la puissance est contrôlée en continu : on appelle cela le “suivi de charge”. Ce n’est pas prévu en Belgique où ces barres de contrôles ne sont pas présentes.

Les limitations, assez restrictives, de durée et de fréquence des modulations  sont expliquées dans l’annexe 2 du document de l’AFCN, à la page 43 :

  • Modulation étendue :
  • Possible sur Doel 4 et Tihange 3
  • La réduction maximale de la puissance est de 50 % de la puissance nominale
  • La puissance (une fois réduite) doit rester constante pendant la modulation (pas de suivi de charge)
  • Maximum de 30 modulations par cycle [de combustible]
  • La durée maximale d’une modulation est de 72 heures
  • Le temps minimum entre 2 modulations est de 72 heures
  • La concentration en bore de l’eau primaire doit être supérieure à 200 ppm3.

Notes :
(1) Les barres de contrôle sont des barres métalliques chargées en certains éléments qui absorbent les neutrons, ce qui permet de réguler la réaction de fission. Les barres grises ont un coefficient d’absorption des neutrons adapté au suivi de charge. Les barres « belges » absorbent plus de neutrons, et servent à l’arrêt rapide, pour la maintenance ou dans les cas d’urgence.

(2) « Load following » se traduit par « suivi de charge », une pratique utilisée chez EDF sur certains réacteurs.

(3) Donc pas possible en fin de cycle du combustible, soit durant de nombreux mois avant la fin du cycle complet de 4,5 ans.

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