Sortie du Nucléaire : nous avons de nombreuses questions à toutes leurs réponses !

Ce texte sera tenu à jour en fonction de l’évolution de la situation !
Dernière modification le 13/06/2022

Le point du 13 Juin 2022

– Toujours pas de nouvelles des décisions gouvernementales sur la prolongation des deux réacteurs, alors que Mr de Croo nous avait promis de déposer un projet pour la fin Mars.
La négociation avec Engie est confidentielle, mais semble très difficile, Engie, étant en position de force, semble demander beaucoup de compensations financières. Engie met la pression et “propose” que la Belgique participe aux frais (et aux bénéfices disent-ils !?) du nucléaire, mais surtout aux frais de prolongation et du futur démantèlement et des déchets générés par la prolongation des deux réacteurs. Et certains craignent qu’ils ne refilent à la Belgique l’ardoise de plus 40 milliards du démantèlement de l’ensemble des installations nucléaires en Belgique et de la gestion de leurs déchets…
Les décisions sont encore reportées… jusqu’à septembre 2022 ! ?
Et, le gouvernement, qui a d’autres soucis en plus de celui-ci, pourrait bien aussi tomber dans les mois qui viennent…

Plus le temps passe, plus il sera difficile de tenir les délais. Heureusement, en cas d’échec, le plan A est prêt à être mis en œuvre en 2025.
Engie précise le 18/05/2022 que les réacteurs prolongés ne seront pas opérationnels avant 2027, et seront vraisemblablement à l’arrêt entre 2025 et 2027 pour les travaux d’adaptation.
N’oublions pas que les Allemands, dans une situation similaire, ont renoncé à l’annulation de la fermeture de leurs deniers réacteurs nucléaires, parce que l’opération serait contreproductive, notamment financièrement...
Le gouvernement Allemand vient d’ailleurs de se prononcer contre l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie énergétique Européenne. (17/05/2022)
Dans l’état actuel de la législation, les deux réacteurs ne peuvent être maintenus en fonction après leurs 40 ans, sans prolongation légale et mise à niveau technique approuvée par l’AFCN.
– On apprend aussi que Engie Electrabel rapatrie des capitaux en France, soit 1.2 milliards….
Pour les mettre à l’abri de l’État Belge ?
La ministre voudrait taxer les surprofits d’Engie, mais le gouvernement Michel (MR) a signé des clauses trop favorables à l’industrie nucléaire….Et la la Banque Nationale, consultée, émet des doutes sur l’aide qu’elle pourrait apporter…
– G.L. Bouchez (MR) propose de prolonger 5 réacteurs, et de renoncer aux centrales à gaz. Rappelons l’incohérence du même parti qui il n’y a pas longtemps, acceptait la fermeture totale et proposait 9 centrales au gaz ! Le changement de contexte géopolitique n’explique pas cet acharnement pronucléaire….
– D’autant plus que beaucoup de politiciens semblent ignorer que l’uranium dans nos réacteurs est dépendant à 40 % de la Russie, directement, pour la fabrication de combustibles enrichis, ou indirectement, vu qu’une partie du minerai d’uranium provient du Kazakhstan, un approvisionnement contrôlé par des sociétés Russes.
Qui parle d’indépendance énergétique ?

Nous insistons sur le dangers des réacteurs prolongés et du problème de l’accumulation des déchets !

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En date du 18 mars 2022, en matière de sécurité d’approvisionnement électrique, le gouvernement belge a opté pour le « Plan B amélioré ». Il a opté pour la prolongation des deux réacteurs Doel 4 et Tihange 3 au delà de 2025, mais il prévoit aussi deux centrales au gaz.1
D’un côté, Engie prétend que la mise à niveau prendra 5 ans2 ; de l’autre, l’AFCN dit que la mise à niveau des réacteurs pourra être opérationnelle dès 2025. Qui croire ?

FdN remarque qu’en acceptant la prolongation des deux réacteurs, les ministres semblent plus motivés par l’indépendance énergétique que par la sécurité nucléaire. Alors que le nucléaire n’est pas le meilleur moyen d’assurer notre indépendance énergétique ni de lutter contre le dérèglement climatique10, nous devrions donc accepter de vivre avec la menace toujours possible d’un accident nucléaire dans ces réacteurs vieillissants, comme une arme braquée sur nous, qui plus est dans une zone densément peuplée, et contribuer à l’accumulation de déchets dont on ne sait que faire. C’est pourquoi FdN s’oppose à la prolongation de ces deux centrales et continuera à manifester pour leur fermeture, et contre le soi-disant “nouveau nucléaire du futur” !

Notons que l’Allemagne, confrontée à la même question dans un contexte énergétique similaire, vient de décider de renoncer à la prolongation de ses deux derniers réacteurs nucléaires, qui fermeront donc cette année. S’ils peuvent le faire, pourquoi pas nous ?
Mais il est important de souligner que le gouvernement belge a décidé d’augmenter le renouvelable, car c’est le meilleur moyen de diminuer la dépendance aux énergies fossiles et de se passer du nucléaire.

Il reste beaucoup de questions et certaines réponses doivent être confirmées :!

FdN :Combien de milliards coûteront les mises à niveau de Doel 4 et Tihange 3 ?
Qui paiera cette note ?

R. Cela fait partie de la négociation avec Engie, les deux ministres-négociateurs ne veulent pas dévoiler les détails. Mais le coût serait d’à peu près 1.6 milliard d’euros, soit 160€ par habitant, donc au moins 320€ par famille… .
Engie doit réorganiser ses équipes et ressources, pour préparer la prolongation et, en même temps, commencer les démantèlements des réacteurs déclassés.3

FdN : Va-t-on puiser dans les ressources prévues pour le démantèlement et la gestion des déchets ?

R. En principe, non, l’exploitant reste responsable du démantèlement et de la gestion des déchets pour les 7 réacteurs, les provisions nucléaires devraient être conservées.
La ministre Van der Straeten vient de déposer un projet de loi visant à s’assurer qu’Electrabel payera la facture des déchets nucléaires et du démantèlement. Ce n’est pas lié à la prolongation des deux réacteurs, mais cela ne va pas faciliter le dialogue entre l’État Belge et Engie-Electrabel lors des négociations en cours… (La Libre Belgique 10/05/2022)

FdN : Prolonger les deux réacteurs D4 et T3 nécessitera donc un changement de la loi organisant la fermeture de tous les réacteurs en 2025, pour autoriser la prolongation de deux réacteurs. Quand sera voté cette modification de la loi de sortie du nucléaire ?

R. C’était prévu pour fin Mars, début Avril !? Les dates finales, fixées dans la loi de fermeture, vont être révisées, et décalées de 10 ans, soit, pour Tihange 3 le 1er septembre 2035 et pour Doel 4 le 1er juillet 2035. La seule modification concernera ces deux dates. La loi continuera à interdire la construction de nouvelles centrales. Cette loi n’empêchera toutefois pas la recherche des “solutions du nucléaire du futur” (SMR, “petits réacteurs modulaires”), auxquels FdN marque son opposition. Et nous apprenons que le dernier rapport du GIEC (p.51) montre qu’à investissement égal, le solaire et l’éolien économisent 4 fois plus de CO2 que les réacteurs électro-nucléaires! 10

FdN : Si le CRM4 fonctionne pendant la période d’arrêt en 2025/2026 , cela prouve qu’on pouvait arrêter tous les réacteurs, alors, pourquoi remettre Doel 4 et Tihange 3 et en marche en 2026-2027 ?

R. Selon la ministre, “parce qu’il y a la guerre en Ukraine et qu’on prend conscience de l’ampleur de notre dépendance aux énergies fossiles – gaz, pétrole et uranium. Raison pour laquelle il faut encore plus diversifier notre approvisionnement”.

Pour FdN cette réponse est insatisfaisante : si nous pouvons nous passer des réacteurs en 2025 et 2026, et si, en pus les renouvelables montent en puissance, il est absurde d’en redémarrer deux en 2027 et les garder dans les années qui suivent !

FdN : Y aura-t-il de nouvelles négociations avec l’Europe pour redéfinir un programme CRM adapté ? Combien de temps prendront ces négociations ?

R : À première vue, le CRM du « plan A » resterait d’application. Nous ne savons pas ce qu’en pense l’Europe : ce CRM a été prévu et approuvé pour la fermeture de toutes les 7 centrales, et non pas 5.

FdN : D’où proviendra l’uranium enrichi pour les réacteurs qui seraient prolongés ? Dans les réacteurs actuels, 25% de l’uranium enrichi est Russe et 40% du minerai dépend de sociétés Russes, notamment via le Kazakhstan… La fabrication des combustibles risque de prendre du temps, quel sera le fournisseur ?

R. : La Ministre Tine Van der Straeten n’en dit rien.

FdN : Dans le cas où les réacteurs prolongés seraient indisponibles avant l’été 2025, la solution temporaire prendra-t-elle la forme d’une consommation de gaz accrue au-delà des appoints prévus dans le nouveau programme CRM ? Combien de temps les réacteurs resteront-ils indisponibles ?

R. “On s’attend à ce que les deux réacteurs soient quand même éteints lors de leur quarantième anniversaire en 2025, avant d’être rallumés fin 2026 (c’est ce qu’espère le gouvernement) voire courant 2027, et c’est ce que laisse entendre l’exploitant du parc nucléaire belge, Engie-Electrabel.” 6

S’ils sont indisponibles fin 2025 et en 2026, le CRM (Mécanisme de Rémunération de Capacité)4 devrait être d’application comme prévu dans le plan A !
Il semble qu’on s’oriente vers ce scénario (18/05/2022).

FdN : Quand va avoir lieu l’enquête d’impact environnemental dans un rayon de 1000 km autour de Doel et Tihange ? Combien de temps prendra cette enquête ?

R. : La consultation publique transfrontalière et l’étude d’incidence prendront au moins deux mois pour chaque réacteur.

FdN : Cette enquête sera-t-elle uniquement consultative ?

R. Très probablement…

FdN : Y aura-t-il des voies de recours juridiques, d’une part pour les acteurs belges et d’autre part pour les régions frontalières ?

R. : Engie le craint, mais nous ne savons pas ce qui est juridiquement possible.

FdN : En 2025, les deux réacteurs de D4 et T3 auront atteint leurs 40 années de durée de vie légale prévue. Un arrêté royal de 2011 7 dit que les révisions périodiques ont lieu tous les dix ans, et pas plus. Elles ne peuvent donc plus fournir de l’électricité après 40 ans sans révision, et pas non plus avant la fin des travaux de mise à niveau requis, qui remplacent une révision périodique. L’AFCN trouvera-t-elle un moyen de contourner ces obstacles sans augmenter l’insécurité ?

R. L’AFCN propose de faire d’abord les travaux qui impactent le plus la sécurité, et de reporter les travaux moins lourds et n’impactant pas la sécurité. Donc l’arrêté royal7 sera modifié “pour établir une distinction entre les « travaux correctifs » qui devront absolument être réalisés avant que l’Agence fédérale de contrôle nucléaire n’accorde le renouvellement de l’autorisation d’exploitation, et les « actions d’amélioration », qui devront être mises en œuvre au plus tard trois ans après le premier redémarrage de la nouvelle période d’exploitation”6.

FdN : Comment stabiliser le prix de l’énergie en général (gaz, électricité…) ?

R : Ce qui permettra de ne plus dépendre du prix du gaz et autres énergies fossiles, ce sont d’abord les économies d’énergie, l’isolation de nos maisons, et ensuite, la généralisation des énergies renouvelables.

FdN. : Monsieur le Ministre Gilkinet rappelle que le nucléaire n’est pas une énergie rapidement pilotable. Pour apporter de la flexibilité à notre approvisionnement électrique, qui va investir dans le stockage nécessaire ? Le gaz suffira-t-il pour assurer la flexibilité ?

M. Georges Gilkinet dit en effet que “Engie devra se débrouiller pour que Doel 4 et Tihange 3 n’empêchent pas les énergies renouvelables de produire. C’est un nouveau paradigme, un renversement de la charge de la preuve”. Donc est-il possible, techniquement, de diminuer la production nucléaire quand les conditions météo seront favorables à l’éolien et au photovoltaïque et lorsque les centrales au gaz sont à l’arrêt ?

R: Depuis longtemps, les Allemands ont résolu le problème : la priorité est à la production renouvelable.Pour le ministre, Le secteur nucléaire devra être seulement l’appoint : “Les réacteurs devront être flexibles, explique le Ministre Georges Gilkinet. Par exemple, en stockant l’électricité quand la production est supérieure à la demande.”
Pour Fdn, ces deux réacteurs ne peuvent pas être rendu plus flexibles9, et les solutions de stockage doivent de toute façon être développées d’urgence !






Notes de la conférence du 16 juin 2022

(1) https://www.premier.be/fr/prolongation-de-la-duree-de-vie-des-centrales-doel-4-et-tihange-3 . Le gouvernement n’augmentera pas le nombre de centrales à gaz après 2026, se limitant aux deux qui sont actuellement prévues, selon La Libre Belgique du 2 avril 2022.
Pour la ministre, les deux centrales au gaz et un CRM4 fonctionnel sont nécessaires également si les négociations avec Engie capotent et que le plan A revient complètement d’application.
À ce jour, les propositions de modification de la loi annoncées pour fin mars 2022 n’ont toujours pas encore été ni proposées ni votées !?

(2) D’après Engie, la prolongation des deux centrales nucléaires ne sera pas prête avant 2027

(3) Le Soir – 21 mars 2022 – pg 10-11. « On a décidé de faire plus de renouvelable, c’est ça qui est important pour moi. » Tine Van der Straeten.

(4) Mécanisme de rémunération de la capacité (MRC/CRM) ce mécanisme apportera un soutien, au moyen d’enchères annuelles, aux unités qui peuvent fournir ou économiser de l’électricité à partir de 2025. Toutes les technologies possibles de production, de stockage ou de gestion de la demande d’électricité peuvent participer. De l’aide est apportée aux investissements, et sera remboursée plus tard si les bénéfices dépassent un certain niveau.
https://economie.fgov.be/fr/themes/energie/securite-dapprovisionnement/mecanisme-de-remuneration-de

(5) EDF parle d’une production pour 2022 inférieure de 20 % aux objectifs initiaux et prévoit d’importer de l’énergie électrique. Les incidents détectés dans de nombreux réacteurs nucléaires français risquent de se reproduire dans les mois et années qui viennent.

(6) “Le Soir” 2 Avril 2022 p8 “La prolongation du nucléaire entame son long parcours
du combattant”

(7) L’arrêté royal du 30 novembre 2011 portant prescriptions de sûreté des installations nucléaires. L’avant-projet de loi relatif à la prolongation de la centrales Doel 4 et de Tihange 3 sera très prochainement soumis à l’approbation du Conseil des ministres, tout comme le projet d’arrêté royal modifiant l’arrêté royal du 30 novembre 2011 portant prescriptions de sûreté des installations nucléaires.

(8) Programme initialement prévu :
https://afcn.fgov.be/fr/dossiers/centrales-nucleaires-en-belgique/cessation-des-activites-et-demantelement-des-centrales
https://economie.fgov.be/fr/themes/energie/sources-denergie/nucleaire/base-legale-de-la-sortie-du

(9) Le nombre de cycles de diminution à 50% est limité à 30 fois sur un cycle de 18 mois suivant le directeur d’Engie. LLB 29 mars 2022

(10) L’uranium est une ressource non-locale, et épuisable. Nos réacteurs sont chargés de 25% d’uranium enrichi venant de Russie, et dont le minerai vient partiellement du Kazakhstan.
Le dernier rapport du GIEC (p.51) montre qu’à investissement égal, le solaire et l’éolien économisent 4 fois plus de CO2 que les réacteurs électro-nucléaires! Notons que cette évaluation essaye de tenir compte du coût de la gestion des déchets, qui seront inévitables, y compris dans le cas des futurs SMR. Pour les détails, voir le décryptage par Libération.

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Pas de coopération en matière de combustible nucléaire Framatome/Rosatom à Lingen en Allemagne !

Lingen Kernbrennstoff


Fin du Nucléaire s’associe à la lettre ci-dessous, qui s’oppose à une initiative commune Franco-Russe. La France et la Russie forment une alliance pour être le fer de lance de l’expansion nucléaire en Europe. Nous pensons que c’est irresponsable !

(Versions en allemand et en anglais )

Lingen, Paris, Moscou, 3 février 2022

Pas de coopération en matière de combustible nucléaire Framatome/Rosatom à Lingen

Arrêtez la production de combustible nucléaire – fermez les installations nucléaires !

En février 2021, la société nucléaire française Framatome a annoncé son intention de créer une coentreprise avec la société nucléaire russe Rosatom à Lingen (Emsland, Basse-Saxe, Allemagne) afin de produire des barres de combustible nucléaire. À Lingen, la seule installation de production de combustible nucléaire en Allemagne est en service. Elle fournit du combustible nucléaire aux réacteurs à haut risque en Belgique, en France, en Suisse, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède et en Finlande. Framatome est une filiale de l’entreprise nucléaire française EDF, qui appartient presque entièrement à l’État. Rosatom est une entreprise d’État en Russie – à Lingen, c’est sa filiale TVEL qui est chargée de s’activer.

Dès mars 2021, l’Office fédéral allemand des monopoles et des fusions a donné son feu vert à la coentreprise – une décision politique du gouvernement allemand à Berlin n’a pas été prise à ce moment-là. Le gouvernement a déclaré que toutes les informations pertinentes étaient secrètes après que plusieurs députés eurent demandé ces informations. Cependant, l’agence de presse “Der Spiegel” a rapporté en avril que la filiale de Rosatom obtiendrait une part de 25% de la joint venture à Lingen.

Nous exigeons que les gouvernements français et russe se retirent immédiatement de cette coopération nucléaire en Allemagne. Nous attendons du président Macron et du président Poutine qu’ils respectent la sortie du nucléaire en Allemagne. Cela signifie que l’installation de combustible nucléaire de Lingen doit être fermée complètement au lieu de la maintenir ouverte artificiellement par le biais de cette nouvelle initiative commune.

Nous demandons également au gouvernement fédéral allemand de mettre fin à cette coopération nucléaire et d’entamer la fermeture de l’installation de combustible nucléaire de Lingen. À l’heure actuelle, cette installation de combustible nucléaire est – avec l’usine d’enrichissement de l’uranium située dans la ville voisine de Gronau – la seule installation nucléaire allemande qui n’est pas concernée par l’arrêt officiel de l’industrie nucléaire à la fin de 2022. Depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, l’installation de combustible nucléaire de Lingen n’a pas fonctionné à pleine capacité, car de plus en plus de réacteurs vieillissants doivent être arrêtés. Aujourd’hui, la menace réelle est que Lingen devienne une plaque tournante nucléaire franco-russe pour la fourniture de combustible nucléaire à des centrales nucléaires plus vieillissantes dans un certain nombre de pays européens.

Nous craignons que la coopération entre Framatome et Rosatom n’aboutisse à une externalisation de certaines parties de la production de combustible nucléaire russe vers l’Allemagne – entre autres raisons pour contourner les sanctions sévères de l’UE dans le secteur nucléaire. Rosatom est également impliqué dans des projets nucléaires militaires. Le président français Macron appelle publiquement à un régime plus strict à l’égard de la Russie, mais dans le secteur nucléaire, il ouvre volontiers les portes de l’UE à Rosatom. Que le gouvernement allemand joue le jeu de cette hypocrisie nucléaire est à la fois incompréhensible et inacceptable.

Framatome et Rosatom tentent également de relancer le projet, depuis longtemps abandonné, de construction d’une centrale nucléaire à Belene/Bulgarie. L’installation allemande de Framatome à Erlangen (Bavière) est censée jouer un rôle dans ce plan d’horreur. La France et la Russie forment une alliance pour être le fer de lance de l’expansion nucléaire en Europe. Nous pensons que c’est irresponsable.

En outre, nous exigeons que l’Allemagne, la France et la Russie ne signent plus d’accords concernant l’enrichissement de l’uranium – qu’il s’agisse d’uranium enrichi ou de déchets d’uranium appauvri exportés vers la Russie pour un stockage à long terme en plein air dans des “villes fermées”.

Nous sommes d’accord pour dire que l’Europe a besoin de toute urgence d’un processus de dénucléarisation. Cela implique sans aucun doute la fermeture de toutes les installations nucléaires en Allemagne, en France et en Russie. C’est pourquoi nous sommes farouchement opposés à tout accord qui pourrait conduire à une prolongation de l’âge nucléaire. L’énergie nucléaire est extrêmement dangereuse et ne contribue en rien à l’effort international de protection de notre climat. L’avenir de l’Europe doit être basé uniquement sur les énergies renouvelables. Tous les efforts doivent être canalisés dans ce processus.

Cette déclaration est soutenue par (à partir du 21 juin 2021) :

  • 11 maart beweging, Belgien
  • Aachener Aktionsbündnis gegen Atomenergie
  • Aktionsbündnis Münsterland gegen Atomanlagen
  • Aktionsbündnis “Stop Westcastor” Jülich
  • AntiAtom Bonn
  • AntiAtom-Bündnis Niederrhein
  • Anti-Atom-Forum Lingen
  • AntiAtom-fuku, Düsseldorf
  • Anti-Atom-Gruppe Freiburg
  • Antiatomgruppe Osnabrück
  • Arbeitsgemeinschaft Schacht Konrad
  • Arbeitskreis Frieden Nordhorn
  • Arbeitskreis gegen Atomanlagen Frankfurt am Main
  • Arbeitskreis Umwelt (AKU) Gronau
  • Arbeitskreis Umwelt (AKU) Schüttorf
  • Atomreaktor Wannsee dichtmachen
  • aufpASSEn, Kneitlingen
  • Bayern Allianz für Atomausstieg und Klimaschutz
  • Beyond Nuclear
  • Bielefeld steigt aus
  • Brokdorf akut
  • BISS – Bürgerinitiative Strahlenschutz, Braunschweig
  • BUND (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland), Bundesverband
  • BUND, Landesverband Niedersachsen
  • BUND, Landesverband Nordrhein-Westfalen
  • BUND, Regionalgruppe Münsterland
  • BUND, Regionalverband Hochrhein
  • BUND, Regionalverband Südlicher Oberrhein
  • BUND, Kreisgruppe Borken
  • BUND, Kreisgruppe Emsland
  • BUND, Kreisgruppe Grafschaft Bentheim
  • BUND, Kreisgruppe Münster
  • BUND, Kreisgruppe Steinfurt
  • BUND Naturschutz Bayern
  • Bundesverband Bürgerinitiativen Umweltschutz (BBU)
  • Bündnis 90/Die Grünen, Kreisverband Borken
  • Bündnis 90/Die Grünen, Kreisverband Emsland
  • Bündnis 90/Die Grünen, Kreisverband Grafschaft Bentheim
  • Bündnis 90/Die Grünen, Kreisverband Steinfurt
  • Bündnis 90/Die Grünen, Kreisverband Warendorf
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Altenberge
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Drensteinfurt
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Emsland Mitte
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Emsland Süd
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Gronau
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Ochtrup
  • Bündnis 90/Die Grünen, Ortsverband Telgte
  • Bündnis für Atomausstieg und erneuerbare Energien Regensburg
  • Bure Zone Libre, Frankreich
  • Bürgerinitiative “Kein Atommüll in Ahaus”
  • Bürgerinitiative Umweltschutz Hamm
  • Bürgerinitiative Umweltschutz Lüchow-Dannenberg
  • Bürgerinitiative Zukunft ohne Atom, Waldshut-Tiengen
  • CANAM (Commission Antinucléaire des Alpes-Maritimes), Frankreich
  • Climate Express, Belgien
  • Comité Régional d’information sur le Nucléaire, Region Pays de la Loire, Frankreich
  • ContrAtom
  • CSFR (Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin), Frankreich
  • Delfina e. V.
  • DFG-VK Münster
  • Die Linke, Landesverband NRW
  • Die Linke, Kreisverband Borken
  • Die Linke, Kreisverband Coesfeld
  • Die Linke, Kreisverband Emsland
  • Die Linke, Kreisverband Grafschaft Bentheim
  • Die Linke, Kreisverband Münster
  • Die Linke, Kreisverband Wendland
  • Die Linke, Kreisverband Steinfurt
  • Die Linke, Ortsverband Gronau
  • Don’t Nuke the Climate
  • Emder Friedensforum
  • Enschede voor Vrede, Niederlande
  • Elternverein Restrisiko Emsland
  • ethecon – Stiftung Ethik & Ökonomie
  • Fin du Nucléaire, Belgien
  • Fossil Free Münster
  • Frauen für den Frieden, Finnland
  • Frauen gegen Atomkraft, Finnland
  • Fridays for Future Münster
  • Friedenskooperative Münster
  • Global Challenges Network
  • Grün-Alternative Liste (GAL) Gronau
  • Grup de Científics i Tècnics per un Futur No Nuclear, Katalonien
  • Ialana Deutschland
  • Initiative 3 Rosen, Aachen
  • Initiative AtomErbe Obrigheim
  • International Socio-Ecological Union, Russland
  • IPPNW (Internationale Ärztinnen für die Verhütung des Atomkriegs – Ärztinnen in
  • sozialer Verantwortung), Sektion Deutschland
  • IPPNW / PSR, Sektion Schweiz
  • IPPNW, Ortsgruppe Münster
  • Klimabündnis Hamm
  • Klimaforum Detmold
  • LAKA Foundation, Amsterdam, Niederlande
  • Nature of Siberia, Region Krasnojarsk, Russland
  • Naturschutzbund Salzburg, Österreich
  • Natur- und Umweltschutzverein (NUG) Gronau
  • Nuclear Free Future Foundation, München
  • Observatoire Remuer, Dieppe, Frankreich
  • Parents for Future, Köln
  • Parents for Future, Solingen
  • Plattform gegen Atomgefahren (PLAGE) Salzburg, Österreich
  • “Program against nuclear and radiological threats”, Russian Socio-Ecological Union,
  • Russland
  • Public Council of the southern coast of the Finnish Gulf, St. Petersburg, Russland
  • RASN – Rhȏne-Alpes sans nucléaire, Frankreich
  • Reiterinnen und Reiter für den Frieden
  • Rhȏne-Alpes sans Nucléaire, Frankreich
  • Robin Wood
  • Sayonara Nukes Düsseldorf
  • Schweinfurter Aktionsbündnis gegen Atomkraft (SWAB)
  • Schweizerische Energie-Stiftung (SES), Zürich, Schweiz
  • SOFA (Sofortiger Atomausstieg) Münster
  • Sortir du nucléaire Aude, Frankreich
  • Sortir du nucléaire Isère, Frankreich
  • Sortir du nucléaire Paris, Frankreich
  • Sortir du nucléaire Suisse, Schweiz
  • Stop Tihange Deutschland
  • Students for Future, Münster
  • Umweltforum Münster
  • Umweltinstitut München
  • uranium-network.org
  • urgewald
  • Vahlberger Asse Aktivisten (VAA)
  • Vivre Sans le Danger nucleáire de Golfech, Stop Golfech, Frankreich
  • Vrouwen voor Vrede Enschede, Niederlande
  • WISE, Niederlande
  • Wolfenbütteler Atom(undKohle)AusstiegsGruppe (WAAG)
  • X-tausendmal quer, Regionalgruppe Hamburg

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Les réacteurs nucléaires au thorium, une fausse bonne idée

Les réacteurs à sels fondus et au thorium¹, étant plus simples, plus sûrs et moins coûteux à construire, auraient normalement dû être un choix judicieux au début de l’ère nucléaire. Il n’en a rien été, suite aux décisions politiques et militaires liées à l’armement nucléaire².
Peut-on les remettre en œuvre maintenant et cela a-t-il un intérêt ?

L’expérience du passé est partiellement récupérable, la génération des inventeurs est passée, et des mises en situation réelle doivent encore être faites, portant notamment sur la résistance à long terme des installations soumises à un milieu corrosif à haute température et en milieu radioactif. Déjà qu’il faut plus de dix ans pour construire une centrale classique, on ne prévoit pas une mise en route commerciale avant 10 ou 15 ans au minimum, et l’urgence climatique n’attend pas ! La France, embourbée dans le projet EPR et les “problèmes financiers” de son secteur nucléaire, n’est semble-t-il pas prête à investir dans cette voie…

Le problème des déchets n’est pas résolu, il y en a seulement moins, et moins de radionucléides à très longue durée de vie.

Tous les projets connus de réacteurs à sels fondus ont été arrêtés et démontés, sauf peut-être en Inde ou le projet AHWR est en “développement” depuis 20 ans . On peut se demander si ces échecs sont uniquement du à des facteurs externes, ou si de sérieux problèmes ont été rencontrés par les inventeurs, qui préféreraient ne pas en parler.
Dans la vidéo d’Arte2, l’ingénieur Arvin Weinnberg ne trouve aucun défaut aux réacteurs à sels fondu, cela manque de nuances.

Les Chinois annoncent ces jours-ci la construction d’un réacteur à sels fondus dans le désert de Gobi³, ils mettent une priorité à ce projet c’est donc une affaire à suivre.
Ils risquent de nous surprendre, car ils prévoient un prototype à taille réelle en 2030 !

Et comme expliqué plus bas, le risque de prolifération est toujours présent, il est possible de créer des armes nucléaires à partir de la filière du thorium.

Pour cette “nouvelle” version du nucléaire dit civil les points négatifs dépassent les avantages techniques, d’autant plus que cette “solution” n’est pas une réponse au dérèglement climatique :

  • problème des déchets non résolu ;
  • manipulation de substances dangereuses, dès l’extraction minière ;
  • risque élevé de prolifération nucléaire ;
  • risque d’accident non nul ;
  • incertitudes sur la fiabilité et la durée de vie de cette filière, qui n’a pas encore été testée en production ;
  • pas de disponibilité commerciale avant 10 ou 15 ans.

Les réacteurs à sels fondus

Différentes voies ont été proposées pour exploiter l’énergie du thorium, mais l’exploitation du thorium par des réacteurs nucléaires à sels fondus paraît aujourd’hui être la voie la plus prometteuse.

Le thorium ne permet pas de démarrer la réaction nucléaire, on dit que le thorium est “fertile” et non “fissile”. L’image montre qu’il faudra une source de neutrons, soit l’U235 ou le Pu239, ou un accélérateur de particules, pour démarrer le cycle, car le thorium¹ n’émet pas de neutrons :

Cette filière a été explorée il y a des dizaines d’années, des prototypes ont fonctionné aux USA, en Chine,… mais l’idée a été abandonnée, et maintenant les Chinois annoncent une concrétisation de ce type de réacteur. Que s’est-il passé ?

La filière uranium/plutonium dans un réacteur à eau pressurisée a été avantagée par les divers “complexes militaro-industriels”, car liée au nucléaire militaire, et ce type de réacteur semblait idéal pour équiper les sous-marins nucléaires. Les énormes investissements dans cette technique ont servi à créer les réacteurs civils, en promettant à l’époque “au peuple” une énergie “bon marché et illimitée”, mais surtout assurer la production de plutonium et d’uranium enrichi pour l’armement nucléaire. En fait, le nucléaire civil a servi de justification au nucléaire militaire, et c’est encore le cas aujourd’hui dans les pays tentés par la prolifération, le risque de prolifération est un peu moindre avec la filière du thorium, mais il n’est pas pas nul du tout.

La filière du thorium a été sous-investie, seuls quelques prototypes ont été réalisés, même s’il est prouvé que cela fonctionne, d’une part la génération des inventeurs a quasi disparu, et il reste à investir du temps et des recherches pour évaluer le vieillissement des matériaux du circuit primaire d’un réacteur à sel fondu, soumis à des températures assez élevées (plus de 600°C), dans un milieu très corrosif et soumis à de fortes radiations pendant des dizaines d’années. Difficile d’évaluer la durée de vie d’un réacteur de cette filière. Les Chinois semblent en avance dans ce domaine³.

Par contre, ni en France (embourbée dans la piste de l’EPR !) , ni aux USA, on n’est prêt à mettre un réacteur commercialement utilisable en marche avant au moins dix ans, et le dérèglement climatique nous montre que le temps presse.

Aspects techniques : avantages et inconvénients

Schéma d’un réacteur à sels fondu au thorium :

  • Le réacteur à sels fondus au thorium ne peut démarrer qu’en présence dU235 enrichi à 20% ou de Pu239 et il consiste en la création continue dU233, on nest donc pas sorti du cycle classique de luranium et du plutonium ! La première fois, il faut un certain temps pour accumuler la quantité d’U233 nécessaire à entretenir la réaction.
    Le thorium seul n’a donc d’intérêt que si de l’U233 est produit en permanence, avec pour corollaire son dangereux descendant lU232, dans une logique de surgénérateur, où les neutrons produits contribuent à créer de l’U233 à partir du Th232. Notons que l’essentiel de l’énergie de la réaction vient de l’uranium 233 fissile et non du thorium.
  • (-) L’utilisation du thorium dans nos réacteurs actuels (sans surgénération) est possible, mais n’a pas d’intérêt, et augmenterait encore la dangerosité des déchets par accumulation d’U232.
  • (-) La production de déchets est inévitable, comparable à celle des réacteurs actuels, bien qu’en moindre quantité , et un filtrage très fréquent et robotisé du liquide permettra d’assurer la continuité des opérations. Hautement radioactifs pendant des centaines d’années, ces déchets sont classés dans la catégorie des plus dangereux : HAVL, Haute Activité à Vie Longue. Il y a en particulier production, certes en faible quantité, des isotopes du protactinium, dont le Pa231 ⁴ qui a une demi-vie de 32 760 ans, encore plus longue que celle du Pu239 (24.000 ans), et même de l’iode 129, qui a une demi-vie de plusieurs millions d’années. Mais il y a moins de production de plutonium, pas de Pu239, seulement du Pu238 (87,75 ans) et peu d’autres déchets à longue vie. L’U232 ( 68,9 ans) est aussi très difficile à retirer et est hautement toxique et radioactif. L’U233 a une demi-vie de 159 200 ans. Continuellement produit et continuellement détruit par fission, il ne s’accumule en principe pas et peut être filtré et réutilisé dans le cycle de production suivant.
  • (-) Les sels fondus utilisés sont des fluorures de lithium (LiF) ou de béryllium (BeF2), de thorium (ThF4), et d’U233 (UF6). Le fluorure de béryllium et celui de lithium sont corrosifs et hautement toxiques. L’UF6 est en plus instable en cas de fuites.
  • (-) Danger de prolifération : Il est possible de faire des armes nucléaires avec l’U233,.
    Retirer en toute sécurité le U232 n’est pas à la portée de terroristes amateurs. L’U232 n’empêche pas de faire exploser l’U233, mais s’il reste de l’U232 collé à l’U233, son très fort rayonnement gamma, qui transperce beaucoup de blindages, permet des contrôles efficaces des services dédiés à la lutte contre la prolifération. On peut aussi objecter que l’U233 est continuellement produit et fissionné dans une installation de production d’électricité au thorium et donc ne devrait pas s’accumuler, mais le problème souvent passé sous silence est que le protactinium 233 filtré et extrait du liquide se transmute en U233 en quelques mois et peut donc servir à faire une arme nucléaire à l’uranium 233 exempt d’U232, Pu238 et autres produits de fission.
    Il y a donc de toute façon un risque de prolifération avec cette filière !
  • (+) L’extraction du thorium est plus sûre et plus efficace que celle de l’uranium. Le minerai de thorium, la monazite, contient généralement des concentrations plus élevées de thorium que le pourcentage d’uranium trouvé dans son minerai respectif. Cela fait du thorium une source de combustible plus rentable et moins dommageable pour l’environnement.
    De plus, le minage des “terres rares” produit une quantité importante de minerai de thorium que l’on considère aujourd’hui comme un déchet !
    L’extraction du thorium est également plus facile et moins dangereuse que celle de l’uranium, car la mine est une mine à ciel ouvert – qui ne nécessite aucune ventilation, contrairement aux mines d’uranium souterraines, où les niveaux de radon peuvent être potentiellement dangereux. Le danger pour les mineurs de thorium est moindre, mais pas nul !
    Rappelons qu’un réacteur nucléaire classique de 1 GW nécessite annuellement l’extraction de 200 000 tonnes de minerai et le rejet de 800 000 tonnes de déchets stériles, dont le taux d’uranium est trop faible pour être exploité, mais qui polluent quand même l’environnement.
  • (+) Contrairement à l’uranium, le thorium ne nécessite pas d’enrichissement, très coûteux en énergie ! (Sauf pour l’U235 enrichi à 20% nécessaire au démarrage). Les pionniers ont inventé l’enrichissement, car pour faire leurs bombes, ils voulaient exploiter le seul élément naturel fissile, l’U235, qui malheureusement ne se trouve qu’en faible quantité mélangé à de l’U238.
  • (-) La radiotoxicité du thorium 232 : si la valeur limite d’exposition annuelle des travailleurs du nucléaire est de 20 mSv, cela correspondrait à 44,4 mg de thorium 232 inhalé, ce que certains présentent comme acceptable, mais ces valeurs sont celles du thorium 232 seul; or le thorium naturel est en équilibre séculaire avec ses descendants, ce qui impose de considérer les radiotoxicités de ceux-ci. Pour cette raison le thorium est un radionucléide dangereux. Le minerai n’est donc pas moins dangereux que celui de l’uranium.
  • (+) Amélioration de la sécurité : cette filière permet d’éviter une explosion d’hydrogène puisque le fluide caloporteur est du sel fondu, et non de l’eau, qu’il n’est pas sous pression et que le combustible est sous forme liquide et n’est plus contenu dans des gaines de zirconium. En cas de surchauffe ou d’arrêt d’urgence, la masse liquide peut se vider automatiquement vers le bas dans un réservoir dont la forme et la dimension diminuent la « masse critique », et la réaction devrait s’arrêter. Une simple dilatation, dilution ou vidange du liquide, arrête la réaction. Pas de “corium” possible. Le pire serait une rupture de la cuve, mais cela aussi arrêtera la réaction, et une seconde enceinte devrait contenir les produits radioactifs .
    Si la fuite de ce mélange de fluorures entre en contact avec de l’air humide, il peut se produire une émission de fluorure d’hydrogène (HF) très corrosif, dangereux pour la peau et les voies respiratoires. Mais c’est de toute façon beaucoup plus sûr que les systèmes de sécurité et de refroidissement des réacteurs à eau pressurisée. Les risques d’accident sont réduits par rapport aux réacteurs à eau pressurisée, ou pour le dire autrement, les inventeurs historiques ont choisi une voie compliquée et dangereuse : enfermer du combustible solide dans des gaines métalliques plongées dans de l’eau à très haute pression, où des milliers de tuyaux doivent être parfaitement étanches. Ensuite, le combustible usé doit être retiré après arrêt de la machine, et retraité à l’état liquide après dissolution dans des solutions acides, retraités pour peut-être en refaire des pastilles d’oxydes solides d’uranium ou de MOX (mélange uranium/plutonium)…
    Le filtrage automatique en continu du combustible à sels fondus simplifie grandement les opérations, même si le problème des déchets n’est pas résolu !
  • (+) En dehors du circuit primaire, le réacteur à sels fondus utilise aussi des sels fondus dans le premier échangeur de chaleur – voir le schéma ci-dessus. Contrairement aux centrales classiques, le prototype chinois parviendrait à se passer presque totalement d’eau !

Notes


¹ Le thorium naturel n’est constitué que d’un seul isotope, le thorium 232 (noté Th232 ), à très longue période radioactive (14 milliards d’années), émettant des particules alpha. Tous les isotopes du thorium sont radioactifs. Le thorium se trouve en petites quantités dans la plupart des roches et sols, il est quatre fois plus abondant que l’uranium, à peu près aussi fréquent que le plomb. Un terrain normal contient en moyenne environ 12 parties par million (ppm) de thorium. Le Th232 est un isotope fertile : en absorbant un neutron, il se transmute en thorium 233 (radioactif), qui se désintègre ensuite en protactinium 233 (radioactif), qui se désintègre à son tour en uranium 233, fissile, donc susceptible de créer une réaction en chaîne. Plusieurs autres nucléotides sont aussi créés par addition ou soustraction de neutrons !
Note : un accélérateur ne peut accélérer des neutrons, mais peut en générer indirectement par la collision d’un faisceau accéléré de particules chargées sur une cible adéquate.

² La face gâchée du nucléaire, Documentaire sur Arte (1h 30)
Ce documentaire donne la parole à Alvin Weinberg, un des inventeurs de la filière du thorium, et montre comment et pourquoi cette solution a été désinvestie et mise sur le côté. Et tout le monde a copié les Américains, les Français ont abandonné les essais (graphite-gaz, etc.) pour finalement travailler avec des brevets américains ou s’en inspirer.
À voir.
N.B.
Ce sont des ingénieurs US qui ont conçu les réacteurs à eau de Fukushima Daïchi, et qui, c’est malheureux, on fait construire cette centrale au niveau de la mer après avoir fait excaver la colline préexistante, parce qu’il leur semblait plus judicieux d’installer les réacteurs juste au niveau de l’eau… Et à la merci d’un tsunami !

³ Deux articles sur le nouveau projet chinois :
https://trustmyscience.com/chine-souhaite-commercialiser-reacteurs-nucleaires-thorium-2030/
https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20210910-nucl%C3%A9aire-pourquoi-la-chine-veut-se-doter-d-un-r%C3%A9acteur-au-thorium


Fiche Wikipedia et protactinium et prolifération
Normalement le Pa231, de très longue durée de vie (32700 ans), ne devrait pas apparaître, car le protactinium n’est qu’un intermédiaire de la réaction qui transforme le thorium 232 en uranium 233.

Mais il peut se créer aussi du Pa231 par réduction neutronique du Pa233 (perte de neutrons suite à des collisions) . Il y a aussi parmi les produits de fission de l’Iode 129, à très longue durée de vie (15.7 millions d’années).

Sources

Le thorium et le cycle du thorium

Fluorure de béryllium 

Fluorure de lithiu

Hexafluorure d’uranium UF6

Toxicité de l’UF6; toxicité de l’HF

Point de vue de SDN : http://www.sortirdunucleaire.org/Le-reacteur-au-thorium-une-nouvelle-impasse

L’experte Helen Caldicott se prononce contre les nouveaux réacteurs à sels fondus en Australie. Elle nous dit que les essais se sont arrêtés suite à de graves difficultés techniques.

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