À propos de la BD « Le monde sans fin »

En 2021, paraissait une BD « éducative » sur l’énergie : « Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique »  octobre 2021, de Jean-Marc Jancovici (JMJ) et illustré par Christophe Blain. Ce livre a eu un grand succès (plus de 520 000 exemplaires vendus), mais à notre avis c’est une œuvre magistrale de désinformation pronucléaire et de dénigrement des énergies renouvelables.

Tout n’y est pas à jeter, il est clair qu’il va falloir consommer moins et mieux et économiser l’énergie (c’est la sobriété), et produire proportionnellement plus d’électricité dans le futur. Le tout est donc de savoir comment !

Les arguments utilisés dans Le Monde sans fin, même caricaturaux, se retrouvent dans une version légèrement édulcorée dans les débats actuels sur les choix énergétiques en France et en Belgique. JMJ ne dit pas que des bêtises, mais lorsqu’il aborde la réforme nécessaire du « mix électrique », il devient clair qu’il agit en lobbyiste pronucléaire1 souvent en détournant des chiffres de manière à pénaliser les énergies renouvelables2 et promouvoir le nucléaire, tout en déniant même les dangers de la radioactivité et l’absence de solution pour les déchets nucléaires.

Certains calculs à propos du renouvelable sont basés sur des données déjà obsolètes, ou qui vont très bientôt être remises en cause par le progrès technique, bien plus dynamique en ce domaine que dans l’industrie électronucléaire !

Lire aussi l’intéressante critique faite par Pierre-Guy Thérond, Vice-Président  New Technologies chez EDF EN, ainsi que “Le Corrigé” de Ghislain Dubois et la critique de Stéphane His !

Quelques « oublis », dénis et informations biaisées

  • Les centrales belges ne sont pas aux normes post-Fukushima concernant le risque de chutes d’avions, du moins pour les gros porteurs qui passent au-dessus de Bierset. Un crash d’avion volontaire, ou non pourrait briser l’enceinte d’un réacteur3, ou détruire le futur site de stockage de déchets nucléaires à Tihange.
  • Risque du terrorisme ou d’une prise d’otage à l’intérieur d’une centrale.
  • Le vol de matières très radioactives. Faire une « bombe sale », pour répandre ces matières dans des zones habitées, est à la portée d’un groupe terroriste.
    Pour info, l’ingestion ou l’inhalation d’un milligramme de plutonium 239 est mortelle, un millionième de gramme peut déclencher un cancer, car cet élément peut rester quasiment à vie dans certains organes…
  • Une guerre de haute intensité dans un pays doté de centrales nucléaires : il suffit de suivre ce qui se passe en Ukraine (Zaporijja), et pour rappel en octobre 2020 l’armée de l’Azerbaïdjan a menacé la centrale arménienne de Metzamor d’un tir de missile ; heureusement, le missile a été intercepté avant de toucher sa cible !
  • Une baisse drastique du niveau d’une rivière lors d’une « super sécheresse » qui empêcheraient de refroidir les réacteurs. Tout comme les inondations, les tempêtes, et une hausse du niveau de la mer, rendant par exemple Gravelines inutilisable, voire pire… Le nucléaire est très vulnérable aux dérèglements climatiques.
  • Les réserves d’uranium nous assurent à peu près un siècle de combustible avec le parc actuel, soit un peu plus de 400 réacteurs en fonctionnement. Comme le nucléaire produit 10 % de l’électricité mondiale, et à peu près 4 % de l’énergie primaire consommée sur la planète, ce n’est pas une solution pour agir sur le CO2 au niveau planétaire. Multiplier le parc actuel même par un facteur 5 est irréalisable, et épuiserait les ressources en uranium rapidement.
  • Le temps de mise en œuvre est relativement long. Flamanville est en construction depuis 2007. Les nouveaux projets nucléaires français ne seront pas disponibles avant 2035-2040, alors que l’urgence climatique nous demande une efficacité dans les 10 ans. Et toute nouvelle solution nucléaire industrielle demande 15 à 20 ans pour passer au stade de la production en série.
  • Le coût du nucléaire ne fait qu’augmenter, à la suite, en partie, des règles de sécurité post-Fukushima. En comparaison, les coûts de l’éolien ont baissé de 70 % entre 2009 et 2019, ceux du solaire de 89 % quand ceux du nucléaire augmentaient de 26 %. Un euro investi dans le nucléaire économise donc moins de CO2 que le même euro investi dans les renouvelables et les solutions annexes, par exemple l’investissement du gouvernement Belge dans les système de stockages4.
  • Le problème des déchets n’est absolument pas résolu. Le coût financier et écologique (production de CO2) de l’enfouissement est énorme et bien caché, et sera en grande partie transmis aux générations futures !
  • Le lien historique et encore actuel entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Notez que les pays les plus acharnés à maintenir leurs centrales électronucléaires sont ceux qui ont l’arme nucléaire, ou qui cherchent à l’obtenir.
  • Seulement 50 morts à Tchernobyl, aucun effet sur la santé des habitants à Fukushima dû à la radioactivité ? Allez demander aux Ukrainiens, Biélorusses et Japonais qui en souffrent encore aujourd’hui. Les sources « officielles » ont été manipulées par les agences censées nous protéger, et l’OMS, dès sa fondation, n’a pas le droit d’émettre un avis sur l’effet de la radioactivité sur la santé sans l’accord de l’AIEA, association pour la promotion de l’énergie nucléaire. L’UNSCEAR n’est pas neutre.

Conclusions

Le nucléaire peut-il nous aider ? Prolonger les réacteurs existants expose à des coûts de réparation, des arrêts imprévus (voir la France) et en construire de nouveaux, c’est la source d’énergie la plus chère…

Il est beaucoup, beaucoup plus efficace, facile, économique et sans risques, d’investir dans un mix d’énergies renouvelables intermittentes et non intermittentes (biomasse, méthanation, méthanisation, hydrogène vert, ammoniac de synthèse…) et dans des capacités de stockage et de maîtrise de la demande.

Un euro investi dans ces solutions alternatives économisera plus de gaz à effet de serre qu’un euro investi dans le nucléaire.

Au niveau mondial, le nucléaire correspondait à 4,25 % de la consommation d’énergie totale en 2021 : s’il fait courir à l’humanité un danger extrême, le nucléaire est en réalité une énergie marginale sur terre, en déclin, et donc tout à fait incapable de « sauver le climat ».

Critique détaillée de la BD :

Page 131 : Contrairement, par exemple, aux centrales solaires, la concentration de l’énergie nucléaire économise de l’espace et consomme moins de métal, de ciment, etc. Avec de la sobriété, et beaucoup d’installations petites à moyennes, sur les toits de parking, d’usines, les canaux, voire les façades et les vitrages. Et stocker de l’électricité ou produire des carburants de synthèse par exemple et de l’hydrogène vert. Est-ce que ça prend beaucoup de place ? Eh oui ! C’est une logique décentralisée, mais l’argument de JMJ est du pur enfumage, voir le texte de Stéphane His ! « Centralisme énergétique », ou décentralisation citoyenne ? Nous voyons ici que JMJ vit dans l’Ancien Monde, celui de la « centralisation ». C’est une vision philosophique héritée du « centralisme bureaucratique » qui a également été à la base de la gestion de l’URSS. L’énergie part de centrales et est distribuée par un ensemble de « réseaux en étoile ». Il est clair que les énergies renouvelables sont inadaptées à ce réseau de distribution, non par nature, mais par le conservatisme des tenants de « l’ère centralisée », qui y ont un intérêt, comme les sponsors de JMJ. Ce centralisme, surtout en matière nucléaire, est lié à un mode politique de gestion autoritaire où les décisions sont imposées du sommet de l’État vers la base, souvent sans réelle consultation des citoyens. La solution est dès maintenant de développer des réseaux locaux et des communautés d’énergie, où la consommation est proche de la production, donc aussi avec moins de pertes. Le surplus doit bien sûr être partagé à moyenne et longue distance par les réseaux existants, pour profiter de l’effet de « foisonnement » 5 de toutes les énergies disponibles, car par exemple à un moment donné le vent peut souffler en Allemagne plus que chez nous. Ceci me rappelle les débuts de l’informatique, tout était misé sur des « mainframes », ordinateurs géants centralisés accessibles à distance par des terminaux quasi stupides, toute la logique et l’information étaient centralisées. Petit à petit, les réseaux locaux sont apparus, puis se sont reliés entre eux, et une bonne part des « mainfraimes » ont disparu. Les gros ordinateurs ont toujours leur utilité, mais il y a aussi presque partout des réseaux locaux qui permettent de rapprocher la production, le stockage et l’utilisation de l’information, tout en maintenant un lien à grande distance. Il me semble que la production, la distribution et l’utilisation de l’énergie devraient suivre le même chemin, et la BD de JMJ ne me semble pas préconiser cette philosophie ! Face au problème de l’intermittence, il y a donc des solutions ! Il ne faut pas, comme JMJ, comparer ces moyens deux à deux (« En Belgique, si on n’utilisait que l’éolien et le solaire pour produire de l’électricité, il faudrait X tonnes de batteries », ou « il faudrait une éolienne tous les kilomètres carrés »), ce qui donne bien évidemment des résultats absurdes. Non, il faut construire de « modèles », c’est-à-dire des représentations du monde rigoureuses mettant en présence l’ENSEMBLE de ces modes, en faisant varier les hypothèses, et en tenant compte du progrès technique et de l’évolution des coûts. On nous dit que le nucléaire est en compétition avec le charbon, alors qu’en réalité il est en compétition avec une production électrique basée sur un « mix » 100 % renouvelable. C’est pour cela que les pronucléaires tentent de saper les énergies renouvelables ! Oui, il faut un mix « pilotable » de sources d’énergie, de partage et de stockage, et donc en finir à terme avec l’utilisation du gaz fossile comme seule vraie énergie pilotable pour répondre aux pics de consommation. Le nucléaire est une énergie de base, mais pas vraiment pilotable (flexible), on ne peut l’arrêter et le remettre en marche rapidement (ou le ralentir très fort et puis ré-augmenter la puissance).
C’est très mauvais de faire subir des chocs thermiques trop fréquents à un réacteur, cela accélère son vieillissement. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les réacteurs Français vieillissent plus vite que leurs équivalents PWR US, construits sur base des mêmes brevets Westinghouse car ils sont moins souvent soumis à ces chocs, en dehors des arrêts pour maintenance.

Page 130 : À 3 % d’uranium 235 dans les réacteurs nucléaires français, ça ne risque pas d’exploser. D’accord, ce n’est pas une bombe nucléaire. N’empêche que Fukushima et Tchernobyl ont bien explosé pour d’autres raisons que la réaction en chaîne, et même sans explosion la fusion du cœur peut endommager les confinements et conduire à la dispersion dans l’environnement de gaz et de matières radioactives, comme à Three Miles Island en 1979. Des gaz radioactifs se sont aussi échappés de l’EPR de Taishan en Chine en 2021, certes en faibles quantités. Mais Tchernobyl a dispersé au moins cent fois plus de matières radioactives que la bombe d’Hiroshima…

Page 132 : Le nucléaire émet très peu de CO2 par kilowattheure produit (6 g de CO2/Kwh). C’est la version française, le GIEC propose 12 g. Nous ne savons pas comment le GIEC a obtenu ce chiffre. Nous pensons qu’il est sous-évalué et qu’en pratique le nucléaire ne produit pas moins que les renouvelables, mais bien sûr beaucoup moins que le gaz. Il faudrait vraiment tenir compte du cycle complet, donc, y compris la gestion des déchets dans le futur, la réhabilitation des zones minières qui attentent à la santé des populations, en Afrique, mais aussi en France… Le nucléaire ne sauvera pas le climat, mais le dérèglement climatique nuit fortement à l’industrie électronucléaire. Une baisse drastique du niveau d’une rivière lors d’une « super sécheresse » qui empêcheraient de refroidir les réacteurs, obligeant à les arrêter. Tout comme les inondations, les tempêtes, et une hausse du niveau de la mer, rendant par exemple Gravelines inutilisable, voire pire…

Page 135 : En dessous de 200 mSv par an (de contamination), il n’y a pas d’effet observable sur la santé, même à très long terme. Faux. Une faible dose c’est simplement une faible probabilité de dégâts, plus le temps passe, plus le risque augmentera, et les effets organiques peuvent se manifester plus tard et donc pour un individu donné il sera souvent difficile d’établir juridiquement la cause de la maladie. Autour de Tchernobyl et de Fukushima, les autorités compétentes n’ont pas fait d’évaluation statistique transparente… Bien sûr, il faut une forte dose pour que des effets soient visibles immédiatement et donc reliés indiscutablement à la contamination, d’où les « 50 morts » annoncés à Tchernobyl au début et le « zéro mort » à Fukushima.

Deux raisons empêchent que Tchernobyl arrive en France : – Il n’y a pas de graphite dans le cœur de nos réacteurs. – Nos centrales disposent d’un « recombineur d’hydrogène » Manipulation : la catastrophe nucléaire française ressemblera bien plus à celle de Fukushima qu’à celle de Tchernobyl ! Et le « recombineur d’hydrogène » ne peut gérer que de petites quantités de ce gaz, pas sûr qu’en cas d’accident cela soit suffisant !

Les réacteurs français sont à « sécurité passive » car ils sont à eau pressurisée. Si l’eau fuit, la réaction s’arrête. C’est ce qui manquait à Tchernobyl. Si l’eau fuit, le refroidissement s’arrête aussi, comme à Fukushima, et si la fuite n’est pas maîtrisée, il y a un gros risque de catastrophe : incendie, bulle d’hydrogène, fonte du cœur, explosion…

Près d’une centrale nucléaire, la radioactivité augmente de 0,02 mSv. Beaucoup plus en cas d’incident, d’accident et, pire, en cas de catastrophes comme celles de Tchernobyl et Fukushima. Ces dernières ont entraîné le déplacement massif de centaines de milliers d’habitants dont beaucoup seraient effectivement décédés en restant sur place. La radioprotection n’est pas simple. Il ne suffit pas d’additionner des becquerels6, cela dépend du radioélément et son énergie, sa demi-vie, la contamination interne ou externe, de sa durée de persistance dans le corps (demi-vie biologique). Le tritium est peu offensif en irradiation externe, est de faible énergie, mais dangereux en contamination interne, car une fois lié à l’eau ou à des composés organiques il peut « tirer à bout portant » partout à l’intérieur des cellules… Le radon est « naturel », mais est le troisième responsable des cancers du poumon après le tabac et l’amiante… Le césium 137 affaiblit toujours les enfants d’aujourd’hui à Tchernobyl et provoque des problèmes cardiaques, car il s’accumule dans les muscles. On ne peut pas comparer le K40 (potassium radioactif) présent dans le corps humain (oui plusieurs milliers de désintégrations par seconde), et l’effet de certains produits de fission de l’uranium. Le plutonium (dont les rayons alpha sont arrêtés par une feuille de papier) est létal à 1 mg, et cancérogène à 1 µg en contamination interne ; il reste quasiment à vie dans certains organes, etc. Pour les détails, voir ce texte sur la radioactivité, en particulier la page 14 pour le potassium, et ce document sur le tritium.
Et donc, même s’il semble qualifié dans d’autres domaines, il apparaît que JMJ ignore les bases de la radioprotection !? À choisir, je fais confiance à la CRIIRAD et aussi à Yves Lenoir, qui a plus 40 ans d’expérience dans ce domaine, et a rencontré en Ukraine et Biélorussie les médecins sérieux qui étudient les effets de la catastrophe sur la santé humaine (Institut Belrad, « Les Enfants de Tchernobyl », etc).

Page 137 : Les réacteurs d’EDF n’ont pas de vocation militaire.
Rien n’empêche de récupérer le plutonium produit par un réacteur civil pour en faire des bombes. C’est même à ça que servaient les premiers réacteurs électronucléaires français.

Page 138 : L’UNSCEAR est au-dessus de tout soupçon. Il est clair que le but de ces organismes soi-disant indépendants était et reste le maintien et la promotion de l’énergie nucléaire, ils sont juges et parties, et ne se sont pas opposés aux autorités locales, par exemple en Biélorussie…. Ils protègent leurs intérêts. Il y a d’autres sources d’information sur les dégâts humains et matériels à Tchernobyl, notamment les experts et médecins indépendants, qui ont souvent été poursuivis par les autorités officielles de leur pays. Je ne ferais pas confiance à l’administration d’Alexandre Loukachenko !

Page 139 : Tchernobyl n’a entraîné qu’une trentaine de morts à bref délai. 6000 enfants ont eu un cancer de la thyroïde, mais ça se soigne bien. « Si l’on enlève les évaluations les plus hautes et basses, on se retrouve avec une fourchette de 4 000 à 200 000 morts. L’ONU en 2006 retenait une fourchette de 4 000 à 93 000. » C’est déjà beaucoup trop, et à notre avis en dessous de la réalité, il y a eu une censure des autorités locales, approuvées par l’UNSCEAR et l’AIEA…

Page 140 : Le stress dû à Tchernobyl a fait plus de dégâts que Tchernobyl lui-même. Faux ! Oui, il y a eu du stress, mais surtout de vrais dégâts matériels et humains. Lire « La Supplication » de Svetlana Alexievitch , qui raconte ce qui est arrivé aux victimes de la catastrophe de Tchernobyl !

Page 140 : La zone d’exclusion de Tchernobyl est devenue une réserve naturelle. Le gain pour la biodiversité est sans appel. JMJ : « En France — car c’est loin d’être pareil partout — Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur, avant d’être un désastre sanitaire ou environnemental majeur. Cet embrasement médiatique n’est pas du tout en rapport avec l’importance de cette nuisance dans l’ensemble des problèmes connus dans ce vaste monde. Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ! La vie sauvage ne s’est jamais aussi bien portée dans les environs de Tchernobyl que depuis que les hommes ont été évacués (la colonisation soviétique, à l’inverse, a été une vraie catastrophe pour la flore et la faune). Le niveau de radioactivité est désormais sans effet sur les écosystèmes environnants, et le fait d’avoir évacué le prédateur en chef sur cette terre (nous) a permis le retour des castors, loups, faucons, etc. » Source : La Tribune, 20 Févr. 2012. Détails complémentaires sur l’ignorance de JMJ sur les effets des faibles doses sur la biodiversité dans ce rapport, en particulier à la page 18 ! Il existe plus d’une centaine d’articles scientifiques de haut niveau sur les effets des fortes et faibles doses de radioactivité sur la faune et de la flore à Fukushima et Tchernobyl.

Page 141 : Le nuage radioactif de Tchernobyl s’est rapidement dilué en s’éloignant de l’accident. Dilué, oui, un peu, mais la pollution est partie très loin de l’Ukraine, y compris chez nous, et les retombées, à certains endroits, étaient très mauvaises pour la santé humaine ! Et certains organismes, notamment les champignons, peuvent accumuler certains radionucléides, comme le césium 137, et dépasser les normes en France 30 ans après Tchernobyl !

Page 141 : Selon le rapport de l’UNSCEAR, la catastrophe de Fukushima n’a entraîné aucune conséquence sanitaire (pas de cancers, pas de malformations à la naissance). Toujours ce même organisme constitué de “gens du nucléaire”. Des informations plus nuancées dans cet article de Reporterre .

Page 144 : En réduisant le nucléaire, les Allemands reviennent au charbon. En aggravant le réchauffement climatique, ils vont provoquer plus de morts qu’un accident nucléaire.
La consommation de charbon a de fait augmenté légèrement entre 2011 et 2013, mais la part du charbon (houille et lignite) dans la production allemande d’électricité est passée de 44 % en 2013 à 24 % en 2020. puis diminué depuis, au fur et à mesure de la sortie du nucléaire ! L’Allemagne est en train de progresser vers le zéro carbone !!! La part du renouvelable est passée de 16 % à 40 % entre 2010 et 2021, et déjà 52 % en incluant les autres sources bas-carbone. La part du nucléaire est passée à moins de 7 % et s’arrête complètement en avril 2023. Les énergies fossiles sont, elles, passées de 60 % à 47 %. Malgré la décision récente de maintenir certaines centrales au charbon et de l’augmenter ces derniers mois, l’Allemagne continue à vouloir sortir du charbon en 2030 et a arrêté ses 3 derniers réacteurs nucléaires en avril 2023. Voir tous les mix énergétiques d’électricité sur le site d’Ember !

Page 145 : Le nucléaire rend moins dépendant de l’étranger que les énergies fossiles. Faux. Loin du mythe de la France nucléaire triomphante, imposé dans l’opinion publique depuis des décennies, le nucléaire français et Belge est très dépendant de l’étranger. D’abord, 100% du combustible nucléaire, l’uranium, est importé. Par ailleurs, malgré la guerre en Ukraine, la France a besoin de la Russie pour l’enrichissement du combustible à partir de combustibles usés selon une technique que seuls les Russes maîtrisent. Par ailleurs, du fait des graves défauts détectés sur les réacteurs français (corrosion sous contrainte), EDF a été obligée de recruter à grands frais des soudeurs américains pour mener à bien des réparations que le nucléaire français est incapable de faire lui-même…

Page 146 : Le nucléaire produit peu de déchets radioactifs de haute activité et à vie longue. Ils tiennent tous dans une piscine olympique. On ne peut pas les entasser, il faut des emballages volumineux et séparés. Si c’était si simple, pourquoi , dans le site d’enfouissement de Bure, prévoir l’excavation de 11 millions de m³, de 270 Km de galeries, dont 25 Km pour les déchets de haute activité, et une surface occupée en sous-sol de 15 km² ?

Page 147/148 : L’enfouissement des déchets est sûr. À 400 m de fond, ils sont sous les nappes phréatiques (qui sont à 20 m de profondeur). Oui, mais à Bure de l’eau est pompée du dessous vers la surface et ces eaux, notamment des nappes phréatiques, peuvent redescendre dans la zone de stockage à 400/500 m. La structure des installations, des puits, des descenderies favorise ces fuites d’eau. Certaines argiles proches de la zone des déchets sont perméables à l’eau et pourraient transporter des fuites radioactives vers le bassin Parisien. Tous les détails sur Bure.

Page 148 : Il reste assez d’uranium (sur Terre) pour faire fonctionner le parc actuel de réacteurs quelques centaines d’années. Ce serait plutôt une centaine d’années au maximum. Et donc si on en construisait par exemple quatre fois plus, c’est fini dans 25 ans…

Page 149 : Le surgénérateur est une technique maîtrisée (…) Il multiplie par 100 l’énergie extractible de l’uranium. On a donc assez d’uranium pour des milliers d’années. Quarante ans plus tard, on les attend toujours… Aucun surgénérateur n’est en fonctionnement pour le moment, beaucoup ont été abandonnés pour des raisons de coût ou de sécurité.

Page 149 : Les gens craignent plus les déchets nucléaires qui n’ont jamais tué que, par exemple, les accidents de voiture. Les accidents tuent maintenant, oui. Mais les déchets nucléaires menacent la biosphère et les générations futures pour des milliers d’années…

Page 150 : Le charbon tue chaque année dans le monde l’équivalent de la ville de Grenoble. Remplaçons le plus vite possible le charbon par un mix renouvelable ! Notons que la Belgique ne produit plus d’électricité à base de charbon.

Page 151 : Les écologistes persistent à critiquer le nucléaire car il leur est difficile d’admettre qu’ils se sont trompés. Notons que la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17 % en 2000 à 9 % en 2022. Et la part du nucléaire était égale à 4,25 % de l’énergie totale consommée sur la planète en 2021. Ceux qui y voient une énergie d’avenir sont en train de nous tromper d’autant plus que des quantités de réacteurs arrivés en fin de vie vont fermer dans les 20 ans qui viennent.

Page 160 : Le nucléaire a moins d’inconvénients que les énergies renouvelables. Oui, la production nucléaire convient au pouvoir politique et industriel qui peut contrôler cette énergie très centralisée et maintenir les citoyens dans l’ignorance de ce qui se passe. Le nucléaire civil est peu compatible avec la démocratie et a été au début imposé comme un complément indispensable au nucléaire militaire. Les énergies renouvelables peuvent être réparties un peu partout sur le territoire, décentralisées, déployées par les collectivités territoriales en concertation avec les habitants…

Page 161 : Le nucléaire est le parachute indispensable pour freiner la chute que nous imposera la décroissance obligée. Le nucléaire est, en lui-même, un exemple de décroissance : comme déjà expliqué ci-dessus, la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité s’est effondrée de 17 % en 2000 à 9 % en 2022, et est descend à 4 % de l’énergie primaire, la chute continue…

1. Rappelons qu’au moins une de ses initiatives, “The Shift Project”, a été financée par EDF, Bouygues, Vinci, tous acteurs ayant des intérêts dans le secteur nucléaire…

2. Il faudrait aussi clarifier et faire connaître la vraie production de CO2 du nucléaire, qui est à notre avis sous-estimée. Le chiffre utilisé par les pronucléaires de 6 g CO2/Kwh est inférieur à celui du GIEC 12 g CO2/Kwh, qui est lui-même contestable, d’autres chercheurs parlent de 66 g CO2/Kwh voire plus… Bien sûr, les émissions de CO2 doivent être comptées par cycle entier, mais alors il faudrait compter aussi les dégâts miniers, la pollution qui y est liée, ses effets sur la santé dans les zone d’extraction en France, en Afrique et ailleurs, le coût de cette dépollution nécessaire, et le coût (présent et futur !) de la gestion des déchets !

3. Tihange, à 16 km de l’aéroport de Liège-Bierset, se trouve sur une ligne aérienne assez fréquentée. Des gros porteurs (Boeing 747) passent fréquemment très près de la centrale et à moyenne altitude (2500 pieds, soit 840 mètres !). Suivant la législation, ils ne peuvent pas passer juste au-dessus, mais, en pratique, jugez par vous-même en regardant cette vidéo.

4. La capacité du stockage installé en Belgique va augmenter d’ici 2024.

5. Effet de foisonnement : « La réduction des fluctuations temporelles de l’intermittence et de la variabilité de la production d’énergie par la multiplication de sources éloignées »

6. Nombre de désintégrations par seconde d’un radioélément spécifique : par exemple un becquerel de césium 137, c’est une désintégration par seconde de cet élément. Additionner les becquerels d’éléments différents, au niveau de l’évaluation des risques, ce n’est pas très pertinent, et c’est encore moins clair si on ne précise pas si la contamination est externe ou interne.

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5 réponses sur “À propos de la BD « Le monde sans fin »”

  1. Un grand merci pour cet excellent travail d’analyse, dont nous avions un grand besoin pour contrer ce ramassis de sale propagande.

  2. JMC est malheureusement coutumier de prononcer des assertions jamais sourcées, par exemple “Page 135 : En dessous de 200 mSv par an (de contamination), il n’y a pas d’effet observable sur la santé, même à très long terme.” Je suis surprise de cette référence à 200mSv d’où sort-elle ?? aurait-il lu d’un oeil distrait la littérature nucléaire, sans doute ? La CIPR (commission internationale de protection radiologique, référence officielle pour la radioprotection, a gravé dans le marbre [Annals of the ICRP, publication 63, Pergamon press, 1993] un seuil à ne pas dépasser pour la vie de 100 mSv, désigné communément comme “l’homme-sievert”. A partir de cette norme qui a fait consensus, non pas eu égard à une justification scientifique, mais au coût sanitaire pour la société : coût des maladies liées à la radioactivité artificielle (il s’agit donc d’un seuil monétaire), la norme internationale pour le public à ne pas dépasser est de 1 mSv par année (100 ans de vie humaine divisé par 100). Cette norme est donc arbitraire, elle n’indique rien des effets des faibles doses ! Par ailleurs, les études scientifiques, de tout bord, des centaines, (Hiroshima, Mayak, Tchernobyl) concordent aujourd’hui à établir les observations qu’il n’y a pas de dose sans risque pour la santé ; que l’effet d’une contamination chronique est proportionnel à la dose jusqu’à une certaine limite (linéarité) …et qu’au-delà, les dommages sont exponentiels. Monsieur Jancovici devrait mettre à jour ses connaissances, semble-t-il, ne serait-ce que sur le sujet des “faibles doses” ; le petit monde nucléocrate a nié leur dangerosité pendant des décennies mais plus depuis quelques années, même l’UNSCEAR leur accorde un peu d’attention dans son dernier rapport, certes du bout des lèvres.

    1. En fait les 100 mSv, c’est le seuil “déterministe” où les effets sont à 100% visibles, systématiques et causalement liés à la radioactivité. C’est donc aussi le seuil à partir duquel le déni est difficile…
      Toute dose > 0 est associée à une probabilité de création de dégâts organiques : ces probabilités sont proportionnelles à la dose, pour converger vers 100% à partir de 100 mSV. C’est ce qu’on appelle le modèle linéaire sans seuil.
      Mais comme il s’agit dune probabilité et non d’une certitude, les nucléaristes évacuent le problème et dénie toute dangerosité des faibles doses car la causalité stricte est effectivement très difficile, voire impossible à démontrer quand on étudie les cas individuellement.

  3. Merci pour cette explication dans une langue scientifique…
    Abraham Béhar a dit “toute maladie radio-induite est une histoire personnelle” (à Grenoble en 2017) selon les individus, les cellules voisines ne réagissent pas de la même façon. Mais ce disant, le président de “Médecins contre la guerre nucléaire” n’occultait pas les effets de la contamination interne. Je recommande sa lecture à monsieur Jancovici et bien d’autres ^_^ . Yves Lenoir : “Les scientifiques n’ont pas besoin de l’UNSCEAR” dans son ouvrage La comédie atomique, (Monsieur Jancovici cite toujours “lunescéar”dit-il). C’est un peu maigre comme littérature scientifique…

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