Yves Cochet : « L’échec du nucléaire »

Tribune.

En dépit des soixante-dix ans de recherche et de développement de l’énergie nucléaire, cette filière demeure un échec engendré par une liste de revers tels qu’un seul d’entre eux suffit à ruiner toute perspective de réussite durable. Le nucléaire ne contribue aujourd’hui qu’à 5 % de la fourniture d’énergie mondiale et à 10 % de la production d’électricité, cette part ne cessant de baisser depuis vingt- cinq ans, tandis que la part des renouvelables électriques a désormais dépassé celle du nucléaire.

Après Hiroshima et Nagasaki en août 1945, le virage civil du nucléaire devait inaugurer un âge d’énergie abondante et bon marché, ce qui fut rétrospectivement une déconfiture dans l’un et l’autre cas. Quant à l’abondance, dès les années 1950, s’est posée la question des réserves de l’uranium fissile, avec une réponse géologique décevante : assez tôt, il n’y aura pas assez de ce minéral pour approvisionner les réacteurs en combustible, sauf si la filière des surgénérateurs est mise au point et développée.

Sur le papier, ces réacteurs devaient produire plus de matériaux fissiles qu’ils n’en consomment ! Des surgénérateurs ont été érigés ici ou là, notamment en France qui se devait d’avoir le plus puissant du monde, Superphénix, à Creys-Malville (Isère), démarré en 1985. Echec piteux et abandon de ce fleuron après quinze ans d’existence et douze milliards d’euros de coût. Il reste quelques prototypes de surgénérateurs en service actuellement. Pas de surgénérateurs signifie qu’il n’y a pas d’âge du nucléaire, dit le physicien Ugo Bardi.

Gestion des déchets et démantèlement

Un second revers dirimant apparut lorsqu’on s’aperçut qu’en aval de la filière nucléaire il fallait résoudre les problèmes de la gestion des déchets et du démantèlement des réacteurs. Le volume et la toxicité des déchets furent bientôt tels que l’on s’obligea à rechercher l’existence de réponses à cette question, à coût raisonnable. Cela fait maintenant soixante ans que l’on cherche, sans trouver. On stocke dans quelques endroits discrets, en emballant les différents types de déchets dans des fûts ou des conteneurs dont on espère qu’ils pourront confiner la radioactivité, notamment pour 95 % de celle-ci en provenance des déchets de haute activité et à vie longue (plusieurs milliers d’années).

Selon la règle générale de dérive des coûts et d’extension des délais, exemplairement illustrée par le projet insensé de l’EPR de Flamanville, le démantèlement lui aussi ne cesse de dériver à chaque évaluation. Ainsi, pour le petit réacteur (70 MWe) de Brennilis, en Bretagne, le coût du démantèlement, évalué à une vingtaine de millions d’euros en 1985, est aujourd’hui évalué à 850 millions d’euros (quarante-deux fois plus !) pour une fin du chantier en 2040 (cinquante-cinq ans après son arrêt !). Les fantaisies d’évaluation des délais et des coûts, néanmoins toujours à la hausse, m’incitent à parier que la majorité des réacteurs nucléaires, en France et dans le monde, ne seront simplement jamais démantelés. Bon courage aux générations futures.

Plutôt que de tenter d’estimer le coût du nucléaire, mission impossible même en France où le président Macron lui-même avoue l’ignorer, jetons un regard en biais en examinant le rapport 2017 de l’Institut allemand en recherche économique (DIW). Les prix de l’électricité étant très volatiles tandis que les coûts de production sont fixes, les investissements nucléaires ont toujours été soutenus ou garantis par les Etats. Sans subventions continuelles, pas de nucléaire. Et sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil.

Le rapport montre que l’immense majorité des 674 établissements nucléaires construits depuis soixante-dix ans l’ont été pour des raisons militaires et non civiles, par la séduction de la puissance prodigieuse de la bombe et pour la reconnaissance respectueuse du pays possesseur par les autres, et non pour la rentabilité économique de vente du kWh. L’étude allemande montre que la perte nette d’un réacteur nucléaire de 1 GWe se situe entre 1,5 et 8,9 milliards d’euros selon les variations du prix de gros du MWh et celles des coûts d’investissement. Quel entrepreneur privé investirait lourdement dans une filière qui n’est pas rentable ?

Spéculation ingénue

Plus grave, enfin. L’indubitable fascination des humains pour la force hallucinante du nucléaire relève de la croyance religieuse, celle de la toute-puissance. Au cours de l’évolution, l’espèce humaine n’a jamais construit un artefact de cette amplitude-là, au point que l’on peut qualifier le phénomène nucléaire de « supraliminaire », c’est-à-dire qui dépasse les capacités cognitives du cerveau humain, notamment dans ses conséquences funestes.

C’est ainsi que le philosophe Günther Anders (1902-1992) nomme les gestes qui anesthésient toute conscience : « Non seulement nous ne pouvons pas imaginer, nous ne pouvons pas ressentir, nous ne pouvons pas répondre de la “chose”, mais nous ne pouvons même pas la concevoir », écrit Anders à propos du nucléaire civil et militaire. Enfin, on peut étendre ces considérations à des événements futurs : les penseurs et acteurs du nucléaire de masse sont des idéalistes irresponsables qui tentent d’annihiler l’histoire en construisant un empire industriel pour mille ans, sans considérer les conditions sociales et anthropologiques impossibles à réunir pour réussir ce pari fou.

En effet, le nucléaire, civil ou militaire, réclame des sociétés stables et technologiques afin d’empêcher toute interruption de la chaîne nucléaire, du minerai au kWh ou à la bombe ; des sociétés possédant suffisamment de personnels qualifiés et de dispositifs techniques pour maintenir longtemps un niveau de fonctionnement, de sécurité et de sûreté.

Qui peut raisonnablement parier que, en 2100, toutes choses n’étant pas égales par ailleurs, les conditions d’habitabilité de la Terre et les configurations politiques mondiales garantissent encore cette stabilité et cette technicité nécessaires à l’opérationnalité du nucléaire ? C’est s’aveugler devant les événements sanglants qui accompagnent régulièrement l’histoire humaine – comme nous l’ont montré les guerres du XXe siècle –, c’est croire à la grande illusion de la paix et de la fraternité désormais définitivement établies entre les peuples, c’est spéculer ingénument sur la rationalité immuable de nos dirigeants.

Yves Cochet (Ancien ministre français de l’environnement)

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Décès de Mr Paul Lannoye, membre fondateur de notre association, le 04/12/2021

Paul Lannoye fut un pionnier de l’écologie politique en Belgique ainsi que de la prise de conscience des dangers du nucléaire, bien avant Tchernobyl, dès la construction des premières centrales dans notre pays, ainsi que des diverses menaces envers notre environnement et notre humanité. Il porta la voie de l’écologie jusqu’au Parlement Européen et nous indiqua des voies d’action pour tenter de remédier à ces tendances destructrices.

Paul fut un des fondateurs de notre association, c’est pourquoi les administrateurs de FdN transmettent leurs condoléances à la famille de Paul Lannoye, ainsi qu’à ses collaborateurs de l’association « Grappe », qui nous a également soutenus dans notre lutte contre l’armement nucléaire et les nuisances de l’industrie électronucléaire

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La Belgique approche de la fin du nucléaire !

Le réacteur hutois s’est arrêté automatiquement pendant un test le 21/04/2021. Conséquence : le prix du courant sur le marché de gros a battu un record.

LES CRITÈRES SONT REMPLIS. EN PRINCIPE, TOUT EST EN ORDRE POUR FERMER LES CENTRALES !

  • Sécurité d’approvisionnement : “le CRM permettra de garantir la sécurité d’approvisionnement”
  • Impact “limité” sur les prix

    [Illustration : Le réacteur de Tihange2 s’est arrêté automatiquement pendant un test le 21/04/2021. Conséquence : le prix du courant sur le marché de gros a battu un record. C’est le manque de fiabilité des réacteurs éventuellement prolongés qui aurait un impact sur le prix à la consommation ! ]

Le gouvernement n’a pas encore pris sa décision, le débat continue, incluant une stratégie énergétique incluant du “nouveau nucléaire” dans le moyen ou plutôt le long terme…

Le MR (parti libéral francophone, partenaire gouvernemental), apparemment en collusion avec Engie, et la NVA (Nationalistes Flamands, très ultralibéraux et proches de l’extrême droite, dans l’opposition, mais contrôlant plusieurs communes clés) font le forcing pour garder deux réacteurs et proposer l’installation de nouveaux réacteurs… ceux-là même qui, il n’y a pas très longtemps, se disaient totalement favorables à la fermeture définitive du nucléaire en 2025 n’ont donc pas hésité à trahir leur propre parole.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, propose mercredi, dans les colonnes de l’Écho, d’utiliser une part des profits de la prolongation du nucléaire pour faire baisser la facture des plus vulnérables et des classes moyennes, groupes qu’il estime menacés en jouant sur les peurs, alors que le rapport précise que les augmentations de prix seront très limitées.

Par ailleurs, tout le monde convient que les actuelles augmentations des coûts de l’énergie n’ont rien à voir avec la sortie du nucléaire… ce n’est pas la petite Belgique qui peut avoir la moindre influence sur ces coûts !

Rappelons enfin que la prolongation coûterait cher : à peu près 1,6 milliards d’euros. Qui va les payer? Pour le moment, Engie refuse ! Sera-t-il possible de mettre à niveau les deux réacteurs pour 2025 et commander le combustible, l’agenda semble plus que serré?
Qui paiera le vrai coût du démantèlement et des déchets ? Et que feront-nous si Engie se déclare insolvable et rapatrie tous ses avoirs à Paris sous la protection de BNP Paribas ?





RTBF 02-12-21 Interview de Jean-Marc Nollet
“Deux questions étaient posées. Il y a deux réponses qui sont amenées”, résume Jean-Marc Nollet. En cas d’arrêt des réacteurs nucléaires, pour la sécurité d’approvisionnement, “il y aura de quoi avoir de l’électricité dans les usines, les entreprises et les familles”, répond Jean-Marc Nollet. Quant au coût pour les consommateurs, il y aura “un maximum par ménage, par an de 15€”, complète le co-président d’Ecolo. En revanche, pour lui, l’autre scénario, celui où le nucléaire resterait une option via la prolongation de deux réacteurs, “vous avez entendu les responsables d’Engie (le gestionnaire des centrales), ils vont faire augmenter les prix. Ils ont besoin d’investissements, il faudra gérer les déchets“, avertit Jean-Marc Nollet.
Et donc, pour le co-président d’Ecolo, “le gouvernement est en capacité de décider politiquement

RTBF 02-12-21 Nucléaire : un rapport très attendu ouvre la porte à une sortie complète dès 2025

7 zur 7 – 01-12-21 Le MR veut utiliser la prolongation du nucléaire pour réduire la facture d’énergie

Mis à jour le 03-12-21 à 16:37

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