Peut-on encore reconsidérer la sortie du nucléaire en Belgique ?

Non. Le point de non-retour est atteint, notamment parce qu’Engie ne fera plus les investissements nécessaires à une prolongation des équipements ¹, et que l’Europe vient de donner son accord au mécanisme de rémunération de capacité (CRM). Le seul blocage potentiel est le sabotage des communes flamandes qui en ce moment refusent les permis de bâtir des centrales au gaz d’appoint.

Voici notre réponse aux arguments de l‘article paru en contribution externe dans “le Soir” le 21/08/21, émanant du “think tank Horizon 238” dont le titre exact est “Nous demandons au gouvernement de reconsidérer la sortie du nucléaire”.

Les énergies renouvelables, pierre angulaire de la transition énergétique, ne seront pas suffisantes pour décarboner notre société à temps.” ²

C’est pourtant possible, comme nous le disent Samuel Cogolati (Ecolo), le Pr Ronnie Belmans et Arnaud Collignon (IEW). ³

Mais ce qui est le plus important, c’est que la crise climatique nous montre que nous consommons trop d’énergie et de ressources, et que la première chose à faire c’est de revoir notre mode de vie basé sur l’hyper consommation (de vêtements, gadgets, etc.) et de promouvoir les économies à tous les niveaux.

Par exemple, à Liège, arrêter l’augmentation du trafic aérien et des échanges à grande distance inutiles et même nuisibles à notre économie locale.

La stabilité et l’approvisionnement sont garantis, avant ou sans la sortie complète du nucléaire, grâce au stockage (notamment les batteries, Coo), les connections à l’étranger, et l’utilisation partielle du gaz. Notons que les nouvelles centrales à gaz ont une meilleure efficacité que les anciennes (jusqu’à 63%) et qu’elles pourraient être conçues pour, dans le futur, brûler de l’hydrogène ou de nouveaux carburants (biométhane). Le partage de la production d’électricité à moyenne échelle est la meilleure manière d’équilibrer les productions renouvelables, pour compenser les irrégularités locales de production dues à la météo, notamment.

L’ONU publiait un rapport indiquant que l’accident nucléaire n’avait eu aucun effet néfaste sur la santé des habitants de Fukushima…. et qu’aucun élément scientifique n’avait démontré que l’énergie nucléaire était plus nocive pour la santé ou l’environnement que d’autres technologies déjà incluses dans la taxonomie, telles que l’éolien ou le solaire.

Ceci est complètement faux, les faibles doses de radiation sont nocives, il n’y a pas de seuil en dessous duquel il n’y a pas d’effets, et les dommages sur la santé des habitants et des travailleurs à Fukushima ne sont pas négligeables, tout comme sur la faune et la flore.

Le problème est que l’OMS, l’AIEA et l’UNSCEAR ne peuvent être qualifiés de rapporteurs objectifs dans cette histoire.  Pour ce qui est de Tchernobyl, nous avons reçu de l’association « Les Enfants de Tchernobyl »des informations sanitaires sérieuses venant d’Ukraine et de Biélorussie, qui contredisent l’optimisme des autorités locales et de l’OMS… Les projets entrepris par les autorités sensées protéger la population des dangers de la radioactivité à Fukushima et Tchernobyl sont en réalité des projets d’accommodation Europe à rassurer la population et l’aider « à vivre avec la radioactivité », suivant des calculs discutables qui souvent modifient la vie quotidienne : pas plus d’autant d’heures par mois dans la forêt ou d’autres lieux précis, vivre plutôt à l’intérieur, ne pas manger trop de champignons ou de fruits de la forêt, etc. Et de remonter les normes (casser le thermomètre !) à 20 fois la radioactivité naturelle pour simuler un semblant de normalité…

Nous sommes responsables de nos émissions de gaz à effet de serre et nous ne pouvons pas nous reposer sur nos voisins via le système de quotas d’émissions – l’ETS, et importer massivement gaz et électricité.

Le gaz ne sera pas utilisé massivement, juste pour appoint ! Le système ETS est un projet de partage des productions de CO₂ visant à une diminution collective de la production de CO₂ au niveau européen, il est basé sur un prix du carbone. Comme le gaz est mieux valorisé que le charbon d’au moins un facteur deux, l’utilisation du gaz contribuera à la diminution progressive du charbon en Europe. Le but premier est l’arrêt du pétrole et du charbon pour diminuer le CO₂ de 50% en 2030 et arriver à zéro carbone le plus vite possible.

Notons que les prix de l’électricité et du gaz seront influencés par la transition énergétique et d’autres facteurs , mais ne dépendent en aucune manière de la suppression ou de la non-suppression des deux centrales Tihange 3 et Doel 4. Cependant rappelons qu’à ce stade, la prolongation éventuelle coûtera 1 milliard d’euros au contribuable belge (et pas à Engie !).

Il ne faudrait pas perdre le savoir nucléaire et le projet Myrrha
“La prolongation de deux centrales c’est pas que du CO₂, c’est surtout le maintien de l’expertise belge nécessaire si l’on veut bénéficier des révolutions technologiques nucléaires..
.

À Tihange, les pertes sont estimées à 1000 emplois directs et 2000 emplois indirects, mais 700 emplois sur le site sont garantis pendant plus de 25 ans pour le démantèlement et la gestion des déchets. L’entreposage à sec est prévu pour au moins 80 ans !

Si ce projet Myrrha développé à Mol peut aider à traiter les déchets nucléaires et à diminuer un peu leur dangerosité, pourquoi pas, des déchets, on ne sait plus où les mettre : mais cela n’a rien à voir avec la fermeture ou non des centrales !

L’expertise nécessaire à la création de nouvelles centrales : c’est fini de toute façon pour la Belgique et de nouveaux prototypes de centrales “plus sûres” ne pourront pas être pris en compte avant 20 ans, et nous ne pouvons pas attendre…

La Commission européenne a déclaré le démantèlement comme un pôle d’excellence à développer : le secteur nucléaire peut et doit travailler sur les déchets et le démantèlement, il y a du boulot pour des dizaines d’années même sans aucun réacteur belge en fonctionnement !

Et il en faudra de l’expertise pour arriver à démanteler les centrales dans les délais prévus de manière optimiste soit vers 2045 !



Fin du Nucléaire asbl
Rue J. Servais 58
4430 ANS
Tel. 04 / 27 06 61
info @ findunucleaire.be
https://www.findunucleaire.be/


Notes

¹ En fait, Engie n’a plus l’intention d’investir dans une prolongation des deux réacteurs, mais si cela s’avère nécessaire, Engie pourrait demander au contribuable belge de débourser le milliard d’euros nécessaires, argent qui sera perdu pour l’investissement dans le renouvelable. Les délais techniques d’implémentation du prolongement rendent de plus en plus difficile de garantir la réalisation ce prolongement de manière sûre pour 2025.

² La Belgique consomme annuellement 462 TWh, les centrales Tihange 3 et Doel 4 produisent 15 TWh, soit 3% de l’énergie totale utilisée en Belgique, hors transport aérien et naval.

³ La production de CO₂ augmenterait au niveau belge de 2 à 4 % en 2026 selon le Bureau du Plan, et ensuite décroitrait jusqu’à être en réduction d’un million de tonnes de CO₂ en 2030, selon le Pr Belmans. Ceci bien sûr avec les 2 ou 3 centrales au gaz prévues. Notons que Mme Marghem parle de 9 centrales au gaz et donc de 12 % d’augmentation de CO₂, ce qui n’est plus d’actualité, ce n’est rien d’autre que de l’enfumage !
Extrait de la Dernière Heure du 03/09/21 :


Déjà actuellement, les centrales nucléaires font obstacle à la diminution de CO₂, non seulement parce qu’ils en produisent au moins autant que l’éolien, mais que les réacteurs nucléaires ne sont pas pilotables : lorsque l’éolien off-shore produit beaucoup d’électricité (par exemple la nuit), et que la production excède la demande, et qu’on n’est pas en état de revendre ou de stocker cette énergie, on est obligé d’arrêter les éoliennes, parce que ce n’est pas possible d’arrêter rapidement un réacteur nucléaire… Oui, le nucléaire pêche par son manque de flexibilité, et il est souvent intermittent à cause des nombreuses pannes qui accablent les centrales en fin de vie.


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