Situation du secteur électronucléaire en Belgique et en France


URGENT : Participez à la consultation du public sur la prolongation de Tihange 3 et Doel 4

Il semble que la situation se stabilise enfin, pas de changements fondamentaux avant les élections de fin 2024, ou de chute assez improbable du gouvernement dit « Vivaldi » composé de libéraux, de socialistes et d’écologistes. On pourrait dire que les libéraux sont très pronucléaires, les écologistes tentent de réaliser la sortie (à terme…) du nucléaire pour avancer vers le zéro carbone, les socialistes ont une position pragmatique qui oscille entre les deux autres partis qui se traitent mutuellement de dogmatisme…. 1

Notons que les négociations continuent toujours en ce mois de mars 2023 pour la prolongation de Tihange 3 de Doel, l’obstacle semble être l’évaluation et le partage du coût de la gestion des déchets

Engie enterre l’idée d’une mini-prolongation des trois vieux réacteurs nucléaires belges (en plus des deux autres), acceptée, semble-t-il, par les verts, et aussi d’une prolongation complète comme le voulait le MR (« Mouvement Réformateur », le parti libéral francophone belge, proche du LR en France, et Macron-compatible). Voir l’article de « La Libre Belgique ».

Tout était cependant prévu grâce au CRM, le mécanisme de soutien que le gouvernement a décidé de mettre en place pour disposer de suffisamment de moyens de production d’électricité malgré la sortie du nucléaire en 2025, créé par le gouvernement précédent et fortement amélioré par la ministre Groen (Verte)  Tinne Vanderstraeten. On nous a d’abord annoncé que vu la situation énergétique et géopolitique, la sécurité d’approvisionnement n’était pas garantie, et que Tihange 3 et Doel 4 seraient prolongés de dix ans. Ce CRM,ne semble maintenant ne plus suffire pour répondre à la période où les deux réacteurs seraient à l’arrêt avant leur remise en marche, période sans aucun réacteur en fonction, et que, donc, il y aurait aussi un manque d’électricité lorsque ces deux réacteurs seraient à l’arrêt avant leur remise en marche. Élia, le gestionnaire du réseau, confirme le constat de décembre 2022 : pour l’hiver 2025-2026, il manque 900 à 1.200 MW. Et rebelote pour l’hiver 2026-2027 si les travaux de prolongation de Doel 4 et Tihange 3 ne sont pas terminés. Ce qui poussait le MR à demander la prolongation de 5 réacteurs, et les Verts à accepter une extension temporaire de certains réacteurs pendant cette période, tout en insistant sur la sortie à terme du nucléaire.
Or Engie vient de dire non à ces demandes.
Ce ne serait possible qu’en changeant les règles de sécurité dérivant des directives européennes post-Fukushima ! Le MR serait, semble-t-il, prêt à s’asseoir sur la sécurité, mais personne ne le suit…

Dernière proposition à l’étude : accélérer la mise au niveau de Tihange 3 et Doel 4 en limitant leur temps d’arrêt, de manière à ce qu’ils soient disponibles plus tôt que prévu en 2025.

Dernière mauvaise nouvelle, la participation de la Belgique à l’alliance nucléaire européenne initiée par la France !?
«
La Libre Belgique » apprend que le Premier ministre reprend le dossier en main et prendra des contacts diplomatiques pour que la Belgique dispose du statut d’observateur au sein de l’alliance. Tout ceci est lié au développement de nouveaux réacteurs SMR, et il n’est pas exclu que l’on fasse partie intégrante du club européen pronucléaire !?

Et pourquoi donc l’alarme n’a-t-elle pas sonné plus tôt ?
Extraits de cet article de l’Écho, réservé aux abonnés :
“ C’est en fait en décembre 2022, suite à une nouvelle évaluation de la sécurité d’approvisionnement par élia, qu’il est apparu que la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 pour dix ans, à partir de l’hiver 2026, ne suffirait pas. Une évaluation que lui avait demandée le gouvernement De Croo parce que certains, au sein de la majorité, avaient des doutes, et que la situation énergétique en Europe s’était dégradée avec la guerre en Ukraine, de possibles problèmes d’approvisionnement en gaz en Allemagne, mais surtout l’indisponibilité plus grande que prévu du parc nucléaire français. ”

Et les aveux de M.C. Marghem, ancienne ministre libérale (MR) de l’énergie: “ Quand on rappelle cet épisode à Marie Christine Marghem, elle affirme que pour elle, le CRM n’a jamais eu pour but d’assurer la sécurité d’approvisionnement de la Belgique. “Il ne s’agissait pour moi que d’un outil d’appoint, pour remplacer l’une ou l’autre vieille riquette au gaz. Je n’ai jamais caché que mon but était de prolonger le nucléaire, même si j’avais l’ordre formel et militaire de Charles Michel de prêcher à l’extérieur pour la sortie du nucléaire.”

Le secteur nucléaire civil belge est-il assuré en cas de catastrophe ?

  • Le nucléaire civil est-il couvert par des assurances ? Oui, mais ridiculement peu !
  • Les risques sont-ils couverts ? Très faiblement !
  • Qui va payer les dégâts ? Pour la plus grande partie, les contribuables !
  • Conventions sur la responsabilité civile nucléaire (2022) : “Les montants de responsabilité des exploitants s’élèvent à 700 millions d’euros par installation et par accident (70 millions d’euros pour les installations à « risques réduits ») et à 80 millions d’euros pour les accidents survenant lors d’un transport de substances radioactives. S’y ajoutent deux contributions supplémentaires, dont les montants ont été également augmentés : celle de l’État de l’installation, soit 500 millions d’euros, et celle des États, parties à la convention de Bruxelles, soit 300 millions d’euros.”

Les fonds disponibles pour l’indemnisation des victimes d’un accident nucléaire s’élèvent donc au total à 1,5 milliard d’euros. Un montant bien inférieur à n’importe quel accident nucléaire sérieux. Plus de détails à ce sujet dans notre article à ce sujet

Et en France ?

L’EPR à tout prix, accélérer en simplifiant les procédures de contrôle (et si problème de financement, ponction sur le Livret A des petits épargnants…), le coup de force de Macron confisque l’avenir :

Le 21 mars 2023, adoption en France du projet de loi relatif à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes
Note importante : “L’amendement (n°CE602) du gouvernement qui prévoyait la fusion entre l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été supprimé. Les députés ont adopté un amendement (n°190) visant à garantir une séparation des activités de ces deux organismes.”
Cependant, le gouvernement français va essayer par tous les moyens de contourner ou d’invalider cet amendement !

Qui peut parler d’indépendance énergétique avec de l’uranium étranger, dont une part non négligeable est russe ? Et alors qu’ils prétendent maîtriser la chaîne de combustible, pourquoi les Français continuent-ils à envoyer encore aujourd’hui une partie de leurs combustibles usés en Russie, et pourquoi le commerce nucléaire avec la Russie n’est-il pas concerné par les sanctions ? Lire l’article de Greenpeace !

Nous apprenons maintenant que le coût de l’EPR anglais a été déjà multiplié par deux par rapport à l’évaluation initiale, surcoût qui sera imputé à EDF !

Les déchets nucléaires

En France, le pharaonique projet d’enfouissement à Bure, prévu pour plus de 100 ans de travail, pose énormément de questions sans réponses !

Liens entre le civil et le militaire

Macron déclarait récemment qu’ “il n’y a pas de nucléaire civil sans le nucléaire militaire, et pas de pas de nucléaire militaire sans le nucléaire civil”.

L’histoire du développement du nucléaire civil est très claire à ce sujet, et notons que les pays les plus acharnés à défendre l’électronucléaire sont ceux qui détiennent l’arme nucléaire, ou qui veulent l’avoir…

La recherche et les infrastructures sont très liées, le nucléaire civil a permis de fournir les matériaux des bombes, en particulier au niveau du plutonium extrait des déchets de fission, et des installations d’enrichissement de l’uranium.

Et pas seulement au début, vu que même si les stocks d’armes nucléaires sont énormes, ces engins ont une date de péremption, et génèrent des déchets qui devront être stockés (avec ?) les déchets de l’industrie électronucléaire, et personne n’en parle vraiment.

L’extension du nucléaire civil et une circulation du plutonium et des déchets nucléaires augmentent notre crainte de la prolifération et du terrorisme. Une bombe “sale” est à la portée du premier groupe terroriste venu…

Le problème des fissures continue en France et était même prévisible depuis la construction des centrales !

Après avoir abandonné les solutions françaises basées sur la filière graphite-gaz (qui ont foiré, voire l’accident de Saint-Laurent des Eaux) , ils ont construit les centrales actuellement en fonctionnement suivant un brevet américain de Westinghouse à eau pressurisée (PWR), en y ajoutant, notamment pour améliorer la sécurité, des tuyaux bricolés qui sont maintenant en train de céder, et ça ne fait peut-être que commencer.…

Cocorico ?

En 1979, le président d’EDF avait déjà connaissance du risque de fissures,2, mais minimisait le problème, car de toute façon ça ne pouvait devenir dangereux « qu’après 30 à 40 ans » alors que les réacteurs ne durent qu’un peu plus de 30 ans !

De plus, il confirme que le vieillissement de l’acier est lié au nombre de cycles thermiques (chaud/froid), et que les dites fissures ne devraient pas apparaître avant 12000 cycles, soit 12000 jours, à peu près 32 ans…

Et ceci confirme que le nucléaire civil n’est vraiment pas pilotable, car si on peut diminuer le régime journellement par exemple la nuit, faire des arrêts complets fréquents (peu pratiques car assez lents), créerait encore plus de chocs thermiques qui limitent la durée de vie de l’outil !

En Belgique, la méthode n’est pas encore définie, enfouissement ou stockage au sol ou en subsurface ? De toute façon, les coûts à long terme seront astronomiques et légués aux générations futures ! Engie négocie actuellement avec le gouvernement un plafond de responsabilité financière alors que personne ne connaît le coût final de l’opération !

La seule décision claire à l’heure actuelle est de construire un entreposage à sec dans une structure en béton à Tihange, pour au moins 80 ans, en attendant.

« En attendant », des fuites de déchets nucléaires ont été déjà détectées dans notre pays :
ici et !

Production, intensité carbone et transfert d’énergie électrique

Consultez ElectricityMaps  (Il existe une App sur Smartphone !) pour voir la répartition et l’intensité carbone de notre électricité, ainsi que les exportations/importations :
Belgique : https://app.electricitymaps.com/zone/BE
France : https://app.electricitymaps.com/zone/FR
Allemagne : https://app.electricitymaps.com/zone/DE

(1) Cet article est un résumé et un complément de l’article publié sur ce site retraçant l’historique de la saga !
(2) Voir le Canard Enchaîné du 15/03/23. Copie de l’article disponible sur demande.

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